Un passage bloque Kafka sur le rivage

TNA- (TUNIS) - Ouf ! Dieu merci Tokyo et Tunis ne sont pas arrivés jusqu’à la rupture des relations diplomatiques. L’ouverture de la Foire du Livre de Tunis, le 24 avril 2009, a crée un incident diplomatique inédit entre le Japon et la Tunisie, pays amis depuis plus de 50 ans .

Le coupable ? Un écrivain japonais inconnu pour 99,999% des lecteurs tunisiens. Le nombre de ces derniers ne dépasse guère 0,001% de la population totale. Bref, les lecteurs de Haruki Murakami en Tunisie se comptent sur les doigts d’une main. Pourtant, ceci n’a pas empêché la main de fer de Big Ben Ali de frapper fort !

Le Ministère de l’Intérieur, piqué à vif par un passage de Kafka sur le rivage, un roman de Murakami, a decidé de retirer le livre des rayons de la Foire du Livre de Tunis ( 24 aril - 3 mai 2009). Le verdict des flics tunisiens est sans appel. Le passage qui suit ne sera jamais lu en Tunisie: " Oh là, oh là, attendez une minute ! Colonel, j’aime pas la police, moi. Je la déteste, même. La mafia ou l’armée, ce sont des enfants de choeur à côté. Les flics sont vicieux, arrogants, et ce qui’il aiment par-dessus tout, c’est persécuter les faibles." (1)

La diplomatie nippone, réputée pour sa discrétion, a réagi de façon on ne peut plus… diplomatique. L’attaché culturel de l’ambassade du Japon à Tunis a tenté de négocier un compromis. Il a proposé d’insérer dans chaque copie du roman une petite note, en arabe et en français, expliquant que Murakami parle de la police japonaise et que la police tunisienne n’est impliquée ni de près ni de loin dans cette affaire. Le régime tunisien a répondu par un Niet peu diplomatique. Les Japonais avaient le choix entre deux solutions:

1) - Estomper le passage litigieux par une encre mauve fournie par les SS [ Services Spéciaux ] tunisiens.

2)- L’interdiction pure et simple de Kafka sur le rivage.

Les Japonais ont fini par baisser la tête. La première solution fut retenue. "On ne va quand même pas briser les excellentes relations entre nos deux pays à cause du délire d’un écrivain lunatique", a commenté un diplomate nippon qui veut garder l’anonymat.

Pendant toute la durée de la Foire du Livre le téléphone arabe n’a pas arrêté de sonner. Il a transformé le roman de Murakami en best seller. Cette info en or n’a pas échappé au flic chargé d’estomper le passage interdit. Il vendait aux lecteurs frustrés - sous le manteau, bien sûr - la photocopie de la page censurée ! Le tarif était raisonnable: un dinar par page. Quel bel hommage à Kafka sur le rivage !

1- Kafka sur le rivage, roman de Haruki Murakami, traduction de Corinne Atlan; Editions Belfond, 2006. Page 451.


O.K.