Tunis
J’ai découvert Tunis grâce à Thierry. Un été à Hammamet, dans cette Maison de Sébastien, le plus bel endroit au monde, un rêve de Rimbaud fiché dans le sable, face à la mer. Un vertige de marbre et de chaux. La nuit, il y avait du flamenco qui montait du théâtre antique vers le Café de la Lune, où Fawzia rêvait de récrire Les Liaisons dangereuses. Certains soirs, Rym passait pour dire que l’amour dans les pays arabes est un objet de contrebande. Je suis revenu quelques années plus tard à Hammamet: le centre avait fermé ses portes, plus de théâtre, plus de falmenco, et le nouveau directeur avait mis du barbelé tout autour de la maison. Grâce à Ben Ali, la Tunisie est aujourd’hui un vaste goulag où des millions de blaireaux bronzent à 150 euros la semaine en formule all inclusive. Un goulag dont les miradors sont cachés par des sacs FRAM et des serviettes de plage.
Je suis retourné a Hammamet pour y croiser Sarah, séfarade à qui le soleil manquait tant. Cette nuit-là, sur la ville, il y a eu un orage terrible qui a fait des dizaines de morts. On a trouvé refuge dans ma chambre. Sarah est entrée dans la salle de bains pour prendre une douche. Il pleuvait à verse. Cinq minutes plus tard, on a frappé à la porte: police. L’officier a hurlé:
"Elle est où la pute tunisienne ?"
Je lui ai donné le passeport de mon amie. Il s’est excusé en disant à ses hommes:
" On rentre les gars, c’est pas une Tunisienne, grâce à Dieu, c’est une Française, et même une juive."
Je ne remettrai plus jamais les pieds en Tunisie.
Mohamed Kacimi, L’Orient après l’amour, Editions Actes Sud, mai 2008. Pages 185, 186.
