Translating the Intranslatable
Traduire l’intraduisible
Le texte qui suit, commis par les correcteurs du site du Monde, www.monde.fr, serait un bon sujet d’examen pour les apprentis traducteurs du français vers l’arabe. Le titre in se est un casse-tête. Faut-il traduire Canard par " البطّة المغلولة " , traduction choisie par certains journaux arabes lorsqu’ils reprennent les dessins du Canard, ou par sa transcription phonétique "لو كانار "?
Le verbe "sicquer" n’existe dans aucun dictionnaire. Le sic latin a été "verbalisé" ad hoc par les deux auteurs au tempérament joueur. Comment traduire un verbe qui n’existe pas ? L’équivalent arabe de sic est " هكذا". Donc on pourrait traduire "sicquer" par " هَوْكَذَ", inexistant en arabe aussi.
Le fond du sujet est lui-même "intraduisible" en arabe. En effet, la langue arabe n’a pas d’infinitif. Les dictionnaires bilingues français-arabe traduisent l’infinitif par un verbe conjugué au présent ou au passé. Lire, par exemple, est traduit par "قَرَأََ " [ il a lu ]ou " يَقْرَأ" [ il lit ].
Hors contexte, en arabe il n’y a pas de différence entre "l’apprentissage du lire et de l’écrire" et " l’apprentissage de la lecture et de l’écriture" [تعلّم القراءة و الكتابة ]. Mais dans ce cas précis, le traducteur doit trouver une solution pour rendre intelligible le problème soulevé par les auteurs. On pourrait, par exemple, traduire " l’apprentissage de la lecture et de l’écriture" par " تعلّم المطالعة و التّحرير " ( apprendre à bouquiner et à rédiger).
J’ai trouvé la meilleure traduction du mot "infinitif" dans un livre de… grammaire allemande, expliquée en arabe: "صيغة الفعل الجامد " ( mot à mot: le mode du verbe inanimé).
Morale de l’histoire ? Tout est traduisible, y compris les textes intraduisibles.
"le Canarad "sicque" Bockel
Reproduisant des propos du secrétaire d’Etat J.-M. Bockel tenus le 21 août sur France 2, le Canard enchaîné* du 26 août les a accompagnés d’un sic ironique. Ledit “sous-ministre” déclarait vouloir (nous citons) “rendre obligatoire l’apprentissage du lire et de l’écrire [sic]” dans les prisons. L’étrangeté de ces propos, sur le fond, n’échappe à personne : et d’abord, en quoi les prisons réussiraient-elles là où l’école échoue ? Mais le Canard visait plutôt, à notre avis, la forme : il aurait sans doute préféré “de la lecture et de l’écriture”, ce qui explique son sic*, qui signifie “ainsi” en latin, et que l’on place entre crochets à la suite d’un passage ou d’un mot que l’on cite pour souligner qu’ils sont authentiques.
Il est possible en français de substantiver (ou nominaliser) les verbes à l’infinitif, en les faisant précéder d’un article ou d’un autre déterminant, pour exprimer des notions qui pourraient aussi être rendues par un substantif. Au moins jusqu’au XVIIe siècle, n’importe quel verbe pouvait l’être. D’ailleurs, l’infinitif n’est-il pas la “forme nominale” du verbe ? Donc, le lire peut parfaitement se dire à la place de la lecture.
Cette façon de faire s’est progressivement perdue, sans qu’elle ait été “interdite” par qui que ce soit, sans que rien n’empêche de la faire revivre.
Le palmipède, d’habitude plutôt libre avec le vocabulaire et la syntaxe, veut-il brider la langue ? il deviendrait alors le Canard… enchaînant.
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* Hebdomadaire satyrique (cf note précédente).
* que nous gratifions d’un verbe en “er” (sicquer) dans notre titre. "
http://correcteurs.blog.lemonde.fr/2009/09/11/le-canard-sicque-bockel/
