Des ordures sur le bureau du ministre de la culture

" Traduttore traditore" [ traduire c’est trahir], disent les Italiens. Ce dicton n’a jamais été aussi vrai que dans le cas de ce traducteur anonyme du Quai d’Orsay qui avait pris l’intiative de traduire un "échantillon d’ordures" destiné au ministre de la culture. Ce fonctionnaire arabophone a trahi la loi du silence autour de tout ce qui se passe dans le pays de " Notre ami Ben Ali ".

En effet, sans que personne ne le lui demande, il a traduit des extraits tirés de la presse de caniveau de Tunis et des torchons électroniques à la solde des SS [ Services Speciaux] du minisitère tunisien de l’Intérieur, puis les a envoyées au "grand ami de la Tunisie", Frédéric  Mitterrand. La cible des "journalistes" travaillant pour les SS était maître Mohamed Abbou, ancien prisonnier politique et avocat au chômage. Il accusent Abbou non seulement d’homosexualité mais aussi d’avoir participé à la Fête de Fierté Gay de Paris.

En lisant ces calomnies, fidèlement traduites dans un français aussi ordurier que l’original arabe, Frédéric  Mitterrand a eu des nausées pires que celles d’Antoine Roquentin (1). Malgré sa longue mais peu profonde amitié avec le général Ben Ali, il n’a pu cacher son ire. Il s’est défoulé en plein conseil des ministres. Son collègue des Affaires étrangères n’a pas apprécié le langage peu diplomatique de Mitterrand lors de la discussion sur la prochaine parodie électorale en Tunisie. Perdant son flegme légendaire, Frédéric  a crié en présence de Sarkozy : " Qu’attend ce voyou pour prendre sa retraite ? "

Frustré par la passivité du Quai d’Orsay, le ministre de la culture a pris l’initiative d’appeler l’ambassadeur tunisien :

- Monsieur l’ambassadeur, c’est pas très gai ce que vous publiez sur les opposants !

- Monsieur le misnistre, cette affaire me dépasse. Les torchons qui publient ces ordures  sont contrôlés par les SS et les SS sont sous l’autorité directe de Monsieur le Président de la République. Je suis désolé, Monsieur Mitterrand, je n’y peux rien.

De guerre lasse, Frédéric plongea une baklava dans un verre de thé vert à la menthe, mordilla doucement le savoureux losange et sirota lentement son thé.Puis il s’allongea sur son confortable divan oriental, ferma les yeux et enatma un long et agréable voyage à la  recherche de sa Tunisie perdue…

-1 Antoine Roquentin: "Héros" du roman La Nausée de Jean-Paul Sartre.