Entretien avec le gouverneur de la Banque Centrale de Tunisie ( BCT )
Omar K. : Bonjour, Monsieur Baccar. Vous savez que Sakher Materi a transféré l’équivalent de 3 000 000 de dinars tunisiens en devises pour acheter sa villa de Westmount à Montréal. Comment la BCT peut-elle autoriser un tel transfert surtout qu’il ne s’agit pas d’un investissement productif ?
Taoufik Baccar : La BCT n’a jamais donné son accord pour ce transfert. Les réseaux mafieux qui orbitent autour du Palais de Carthage ont leurs propres circuits financiers. Ils échappent à tout contrôle de la BCT et du ministère des finances.
O.K. : Vous avez informé le président de ces magouilles mafieuses?
T.B. : Mais c’est lui le Parrain de la mafia de Tunis ! Il est lui-même détenteur de comptes bancaires secrets à l’étranger. J’espère que le gouvernement tunisien récupèrera cet argent après la chute du régime actuel.
O.K. : Vous avez lu La régente de Carthage ?
T.B. : J’ai lu Notre ami Ben Ali mais j’attends un voyage à Paris pour acheter La régente de Carthage. J’en ai lu des extraits envoyés par e-mail.
O.K. : Qu’est-ce qui vous inquiète le plus en ce moment ?
T.B. : La privatisation de l’État tunisien, l’agonie des institutions de la République, la déchéance morale des responsables politiques. Le fait que Leila Trabelsi ait plus de pouvoirs que le Premier ministre me révolte et m’indigne mais je n’ai pas le courage de chercher refuge à l’étranger.
O.K. : Mais la justice tunisienne commence à reprendre les choses en main. Le ministre de la justice Béchir Tekkari déclare que Imed et Moez Trabelsi seront bientôt jugés en Tunisie pour vol et recel de yachts.
T.B.: ( qui éclate de rire ): C’est la meilleure blague politique que j’aie entendue depuis des années !
