Le message d’un dévot de Carthage
 
Omar. K. : La paix sur vous, cheikh Sakhr.
 
Sakhr Matri : La paix sur vous aussi et la miséricorde de Dieu et sa bénédiction.
 
O. K. : Votre beau-père, Haj Zaba, n’aime pas les brabus. Comment tolère-t-il votre barbe de frère musulman ?
 
S. M. : Il digère mal cette barbe mais il laisse faire car, homme de renseignement par excellence, il sait que la pratique religieuse est à la mode en Tunisie.
 
O. K. : Qu’est-ce qui vous a inspiré pour créer une radio coranique (Zitouna), une télé et une banque islamiques ?
 
S. M. : Une citation de Karl Marx, lue il y a quelques années, a changé ma vie: « La religion est le soupir de la créature tourmentée, l’âme d’un monde sans coeur, de même qu’elle est l’esprit des situations dépourvues d’esprit. Elle est l’opium du peuple. »
 

O. K. : Votre radio religieuse est la plus écoutée en Tunisie. Son succès vous surprend-il ?
 
S. M. : Je ne suis pas du tout surpris. J’ai fait des études de marché avant de me lancer dans le business religieux.
 
O. K. : C’est quoi le message de cette radio ?
 
S.M. : Le message est simple: " Les biens matériels sont la source du malheur, seuls le jeûne et la prière vous procurent le bonheur " .
 
O.K. : Mais la liste des biens matériels que vous avez accumulés dépasse l’imagination !
 
S.M. : Les apparences trompent parfois. Ces biens d’ici-bas n’ont qu’un seul but: financer ma quête spiriutelle de l’au-delà.
 
O.K. : Hier votre journal Le Temps a publié une info à peine croyable: un étudiant et une étudiante ont écopé de 6 mois de prison chacun pour avoir fait l’amour dans un hôtel ! Vous êtes d’accord avec cette répression ?
 
S. M. : Je trouve le verdict un peu trop clément. Je plaide et milite pour la chasteté avant le mariage. Je recommande aux jeunes beaucoup de prières et de jeûne pour comabattre leurs pulsions malsaines.
 
O. K. : Vous êtes pour la "saoudisation" de la Tunisie ?
 
S. M. : Je n’irais pas jusqu’à demander l’application de la charia pour couper la main aux voleurs, fouetter ou lapider les pécheurs. Il n’en reste pas moins que la vie privée est une affaire publique. Il faut lutter contre la décadence morale propagée par l’Occident. J’admire le régime saoudien surtout pour une chose: la majorité des sujets de Sa Majesté le Gardien des Lieux Saints ne contestent pas la légitimité du règne de la famille royale, les Al-Saoud. La Tunisie doit suivre l’exemple. Il faut que les Tunsiens réalisent un jour que le pouvoir suprême est une affaire qui ne les concerne pas. 
 
O.K. : Pourquoi ?
 
S.M. : Parce que cette vie terrestre n’a aucune importance, aucune valeur. Ce qui compte c’est le salut de l’âme dans l’au-delà.
 
Westmount, Montréal,  le 3 novembre 2009.