UncategorizedDecember 26, 2009 8:54 pm

 Anastasia Manstein-Chirinsky, le dernier témoin de l’évacuation des navires de l’escadre de la mer Noire de Crimée vers la ville Bizerte pendant la guerre civile de 1918-1922, est décédée le 21 décembre à Bizerte, à l’âge de 97 ans. Voici un reportage sur Anastasia, écrit par Ridha Kéfi, ancien correspondant de Jeune Afrique à Tunis:

Anastasia, doyenne des « Russes de Tunisie »

 

par RIDHA KÉFI, CORRESPONDANT À TUNIS

 

Cette ancienne enseignante, établie à Bizerte depuis 1921, a raconté sa vie d’exilée dans un ouvrage qui vient d’être couronné dans son pays d’origine.

 

Elle vit à Bizerte, ville portuaire située à la pointe nord de la Tunisie, depuis qu’elle y a débarqué en 1921, à l’âge de 9 ans, en provenance de Russie. À 93 ans, Anastasia Manstein Chirinsky n’a rien oublié de son enfance heureuse dans le grand domaine familial de Roubejnoé - « dans une maison blanche à colonnes, des fenêtres nombreuses s’ouvrant sur le parc, les couleurs, les parfums… » -, puis à Cronstadt, sur la Baltique, où son père, Alexandre Manstein, officier de la marine, commandait un bateau de la flotte impériale russe.

Anastasia n’a pas oublié le déclenchement de la guerre civile en février 1917, les trois années qui suivirent, « celles de toutes les destructions, des départs précipités, des arrivées incertaines, le tout sur un fond de violence et de désordre, dans le pays en pleine révolution [bolchevique] ».

 

Elle n’a pas oublié non plus le départ agité de Sébastopol, le 12 novembre 1920, avec sa mère et ses deux plus jeunes soeurs, Olga et Choura, à bord du Constantin, l’un des trente-trois bateaux de la « flotte de la mer Rouge », transportant quelque « 6 388 réfugiés, dont un millier d’officiers et cadets, 4 000 matelots, 13 prêtres, 90 médecins ou infirmiers et un millier de femmes et d’enfants », vers Constantinople d’abord, puis à Bizerte, « cité multiraciale et multiconfessionnelle », « dernière escale pour les restes de la dernière escadre impériale russe », où les Manstein, les Chirinsky et plusieurs autres familles russes « allaient vivre l’exil et mourir sur cette terre d’Afrique ».

 

Anastasia n’a rien oublié de l’humiliant rituel de « désinfection » à l’hôpital Sidi-Abdallah de Ferryville (actuellement Menzel-Bourguiba), de l’accueil froid et suspicieux des autorités militaires françaises, des quatre années passées à bord du torpilleur Jarky, commandé par son père, puis du vieux cuirassé Gueorgui- Pobedonossetz, dit le Saint-Georges, amarrés dans la baie de Karouba, au large de la ville tunisienne.

 

Elle se souvient aussi des jours heureux qu’elle a passés au quartier « Bijouville », dans le Bizerte des années 1920 et 1930, une ville en plein développement qui n’a pas peu profité de l’apport des nouveaux arrivants russes, de sa scolarité studieuse à l’école Lacorre, de ses études secondaires au collège Stephen-Pichon, de son baccalauréat français, de son séjour en Allemagne en 1934, de son retour à Bizerte « où la pauvreté n’empêchait pas de voir le ciel bleu, le soleil, la mer », de son mariage en 1935, de la naissance de ses enfants, et de tant d’autres péripéties d’une vie bien remplie…

 

« Quand la Marine et l’École navale russes finirent d’exister, dans les années 1924-1925, 700 Russes seulement se fixèrent en Tunisie, dont 149 à Bizerte. En 1992, il n’y en avait plus qu’un seul : moi ; mais je suis une bent-bled ["fille du pays" en arabe] pour mes concitoyens », écrit Anastasia dans son autobiographie intitulée La Dernière Escale : le siècle d’une exilée russe à Bizerte (Sud éditions, Tunis, 2000, réédité en 2004).

 

« De nos jours, les patriotes sincères, en Russie, déplorent la dislocation de l’URSS, en tant que seul et même État, écrit Anastasia. Pour les patriotes qui se battaient dans l’Armée blanche, la création de l’URSS était, au contraire, la fin de la grande Russie, ‘’une et indivisible'’. »

 

On comprend dès lors pourquoi Anastasia n’a jamais demandé la nationalité soviétique. Tout comme son père et sa mère, morts au début des années 1960 avec le statut de réfugiés. Elle n’a pas sollicité non plus la nationalité tunisienne ou française - qu’avaient prise pourtant ses deux soeurs et ses deux filles, Tamara et Tatiana, toutes deux vivant actuellement en France. « Je l’aurais fait si cela ne m’avait pas empêchée de reprendre un jour ma nationalité et mon passeport russe », dit-elle.

 

Après un premier voyage dans son pays natal, en juillet 1990, rendu possible grâce à un passeport de réfugié délivré par les autorités tunisiennes, Anastasia a reçu enfin, le 17 juillet 1997, à Tunis, son passeport russe des mains de l’ambassadeur de Russie.

 

La Dernière Escale : le siècle d’une exilée russe à Bizerte a été publié en russe, l’année dernière, à Saint-Pétersbourg, par le Fonds d’aide à la Marine militaire. Entièrement réécrit par l’auteur (et non traduit du français), l’ouvrage a obtenu le prix littéraire Alexandre-Nevski 2005. Anastasia ne pouvant se rendre à Saint-Pétersbourg pour recevoir son prix au cours d’une cérémonie initialement prévue le 12 septembre, c’est encore l’ambassadeur de Russie en Tunisie, Alexey Podtserob, qui s’est chargé de le lui remettre, le 2 septembre, à sa résidence, en présence de représentants du corps diplomatique, des médias et de la communauté russe résidant dans la capitale tunisienne.

 

Anastasia nous a reçu, quelques jours après, dans une vieille villa de style colonial située au centre de Bizerte, maison de location qu’elle partage avec son fils aîné, Serge, né en 1936 de son mariage avec Murtaza Mirza Chirinsky, un musulman de Crimée, arrivé dans la ville la même année qu’elle - et dans les mêmes conditions -, et qui mourut en 1982 loin de son pays natal.

 

Anastasia a exercé comme institutrice, puis comme professeur de mathématiques dans les lycées tunisiens après l’indépendance, en 1956. Elle eut, parmi ses élèves, plusieurs hauts responsables locaux, mais aussi un certain Bertrand Delanoë, actuel maire de Paris, né en 1950 à Bizerte, qu’il quitta vers l’âge de 14 ans. « Il séjourne souvent à Bizerte. Lorsqu’il est là, il vient chaque jour me voir. C’est un homme fidèle. Même si je ne suis pas toujours d’accord avec lui », dit la vieille dame. Qui ajoute : « Je n’aime pas la politique. Mais j’aurais préféré qu’il reste sénateur. Il aurait eu ainsi une vie plus tranquille. Il a voulu devenir maire de Paris. Ce n’est pas mal non plus. Car c’est un homme honnête et intègre. Et qui sait se rendre utile. »

 

Anastasia vit, assez chichement, d’une pension de retraite tunisienne. Son seul souci : son fils, qui n’a aucune ressource. « Je suis très vieille. J’ai peur qu’il ne se retrouve à la rue après ma mort », confie-t-elle.

 

(Source : JA/L’Intelligent N° 2331 du 11 au 17 septembre 2005)

Humour& humeurs 8:36 pm

Le premier des droits de l’Homme est servi, Monsieur le Président !

« Il ne manque plus que changer le nom géographique de la Tunisie pour qu’elle devienne Droit-de-l’Hommie ! ». Tels sont les propos d’un militant tunisien des droits de l’Homme qui se sent « concurrencé » par le droit-de-l’hommiste Numéro Un d’Afrique et du Monde arabe. En effet, de mémoire d’homme jamais chef d’État n’a été aussi obsédé par la question des droits de l’Homme que le Président tunisien Ben Ali. Depuis son accession au pouvoir en novembre 1987, le Président tunisien n’a cessé de considérer les droits de l’Homme comme son affaire personnelle. On ne compte plus le nombre des mesures qu’il a prises, au fil des années, en faveur de cette cause sacrée. Une station de métro a été rebaptisée station 10 décembre 1948 - date de la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme - un monument en béton a été érigé à la gloire des Droits de l’Homme et un portefeuille des Droits de l’Homme a été créé au sein du gouvernement.

Le plus inquiétant dans cette histoire d’amour fou entre Ben Ali et les Droits de l’Homme c’est qu’à mesure que le temps passe, son obsession droit-de-l’hommienne ne cesse de s’aggraver. Elle s’est transformée en une véritable manie qui laisse perplexes les médecins et guérisseurs de la Présidence. Le médecin personnel de Ben Ali, le docteur Mohamed Gueddiche, a diagnostiqué le mal dont souffre l’actuel locataire du Palais de Carthage : Droit-de-l’Hommite aigüe et chronique. Une maladie bizarroïde qui atteint son paroxysme le 10 décembre de chaque année. Le docteur Gueddiche raconte que le Président se réveille parfois au cœur de la nuit, tout en sueur, et commence à crier comme un fou : « Droits de l’Homme ! Droits de l’Homme ! ». Pour soulager ces fréquentes crises de droit-de-l’hommite aigüe, le toubib du président a dû lui prescrire de fortes doses d’ADH (Anti-Droits-de-l’Hommyl), un médicament spécialement préparé par la Pharmacie Centrale de Tunisie. Mais ce médicament n’a pas pour autant guéri le Président de cette étrange maladie.

Le 10 décembre 2003, le président tunisien a pris des décisions qui ont littéralement foudroyé les organisations de défense des droits humains, locales et étrangères, et laissé bouche-bée les mlitants de la société civile en Tunisie. A partir d’aujourd’hui, chaque ville, chaque village, chaque banlieue aura son avenue des Droits de l’Homme. Hay Naggaz, une banlieue pauvre de Tunis, a été rebaptisée Cité des Droits de l’Homme. Un avion de Tunis Air, un bateau de la CTN, un train de la SNCFT, une cimenterie et une aciérie porteront  tous le nom fétiche Droits de l’Homme. Il y aura même un cimetière des Droits de l’Homme à Tunis.

D’un seul coup, le nombre des conseillers du Président en matière des Droits de l’Homme passe de un à sept ! Chaque ministre est dorénavant tenu de nommer un conseiller pour les Droits de l’Homme. Des enseignants de Droits de l’Homme seront affectés à chaque lycée, chaque faculté et chaque institut supérieur. Les véhicules de la police et de la Garde Nationale seront tous sans exception décorés par la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme dans sa version arabe. Ce texte solennel sera affiché dans chaque poste de police, chaque commissariat, chaque geôle et chaque cellule de prison. En outre, l’éclairage des caves du Ministère de l’Intérieur sera amélioré pour que cette déclaration soit visible aussi bien pour les agents de l’ordre que pour les détenus.

Pour donner un coup de fouet à la fois aux Droits de l’Homme et à l’artisanat local, l’Artisan du Changement a donné l’ordre aux artisans tunisiens de graver en lettres minuscules la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme sur chacune des matraques des forces de l’ordre ! « C’est du vrai matraquage droit-de-l’hommiste ! », proteste un militant assommé par l’audacieuse mesure présidentielle.

D’ailleurs, la savoureuse déclaration du président français Jacques Chirac sur les droits de l’Homme, lors de sa dernière visite à Tunis, a réconforté Ben Ali dans son délire droit-de-l’hommien. Depuis la visite historique du locataire de l’Elysée, lorsque Ben Ali a faim, il ne dit plus à son maître d’hôtel : « J’ai faim. Apporte-moi quelque chose à manger » mais « J’ai envie d’exercer le premier des droits de l’homme ! ». Et pour faire plaisir à son maître, le maître d’hôtel a lui aussi changé de vocabulaire : « Le premier des droits de l’Homme est servi, Monsieur le Président ! ».

14 juillet 2004.

Humour& humeurs 8:13 pm

Dénuement total !
 
Le phénomène de la pauvreté au Québec n’est pas une nouveauté. Mais le plus inquiétant c’est qu’on passe brusquement de la pauvreté au dénuement total. Du moins pour certains jeunes Québécois très au-dessous du seuil de la pauvreté absolue. Pour certains des ces va-nu-pieds, même les vêtements sont devenus un luxe. Oublions les sous-vêtements, cet onéreux luxe bourgeois.
 
 En voici un exemple qui met à nu la triste réalité. Je ne l’ai pas inventé. C’est l’hebdomadaire gratuit VOIR qui nous fait découvrir ce scandale social: un jeune Montréalais, qui vit dans le dénuement total, est prêt a faire le ménage gratuitement chez les dames. Il ne demande même pas le salaire minimum ! Tout ce qu’il veut c’est être actif, car, comme vous les savez, l’oisiveté est mère de tous les vices. Incapable de s’acheter des vêtements de travail, il se trouve dans l’obligation du faire du bénévolat. Et quel bénévolat ! Les corvées ménagères ! J’espère que ce cri de détresse touchera les cœurs de nos généreuses Montréalaises.
 
Chères Montréalaises, ce jeune homme désespéré cherche votre soutien :
 
JEUNE HOMME fait ménage, NU, chez toi. Discret, poli, respectueux et gentil. ! Gratuit ! Pour dames seulm. 585-3330