( Oedipe rentre de l’école, jette son cartable par terre et court embrasser son père )

- Je t’aime, papa.

- Tu n’es qu’un menteur, Oedipe. Mon psy, Herr Doktor Freud, m’a dit aujourd’hui qui tu as envie de me tuer.

- Comment peux-tu croire un cocaïnomane ?

- Tu oses insulter le père de la psychanalyse ?

- C’est lui qui m’insulte en me prêtant des intentions de meurtre. En plus, je n’invente rien. Il parle de sa dépendance à la cocaïne dans ses lettres à Marta, sa femme.

- C’est un médecin. Il sait ce qu’il fait.

- Évidemment. Sa pipe ne quitte jamais ses lèvres. 

- Un psychanalyste sans pipe c’est ridicule !

-  En tout cas ce Freud est en train de te vendre du vent, papa. Tu le paies combien par séance ?

 - Ça ne te regrade pas. Il m’a dit aussi une chose horrible: t’as envie de coucher avec ta mère. Est-ce vrai ?

 - Je crois que ce vieux pervers regarde trop les films de Pasolini.

- À ton âge tu connais déjà Pasolini !!!

- Oui, bien sûr, mais ce genre de cinéma est dépassé. Comme la psychanalyse, d’ailleurs.

- N’oublie pas que Sigmund Freud a découvert le continent de l’Inconscient !

-  L’Inconscient c’est exactement comme l’Atlantide de Platon: il n’a pas besoin d’être découvert pour exister.

- Inutile de discuter avec toi, Oedipe. Je vais monter me coucher.

- N’oublie pas de fermer la porte de ta chambre à clef, papa. On ne sait jamais…