Foi(e) solide de David
Il y a des personnes qu’on n’oublie jamais. Comme David l’Irlandais errant. Nous avons partagé, pendant le mois de juillet 2001, un appartement au foyer universitaire McGill, près de la station Lionel Groulx à Montréal. Les biens matériels de David n’excèdent pas le contenu d’une valise: des vêtements et quelques livres. Son trésor, il le porte dans son coeur: une foi inébranlable en Jésus. Il est aussi un homme au foie solide: bien qu’il il soit barman fils de barman, il ne boit jamais. Il veut rompre la chaîne infernale de l’alcoolisme, un vice familial qui se transmet depuis des générations. S’il l’avait voulu, il aurait pu continuer à travailler au pub de son père mais David voulait voir le monde, un rêve qui n’a rien d’impossible, surout avec son métier de barman et son passeport irlandais. A 20 ans il fait sa valise et dit “Goodbye !” à sa famille et à sa ville natale, Dublin. Avant de jeter l’ancre à Montréal, David a roulé sa bosse dans plusieurs pays d’Europe.
En 2001 la Suisse le déclare persona non grata car il y travaillait comme barman sans permis de travail. Alors il prend le chemin du Nouveau Monde et débarque à Montréal en plein été. David n’a trouvé aucune diffculté à trouver du travail malgré son statut de touriste. Le beau gosse irlandais a même réussi, en peu de temps, à avoir une girlfriend montréalaise qui travaillait dans le club vidéo où il s’était abonné. Il est un grand amateur de cinéma et louait chaque soir un ou deux films. D’ailleurs il m’a fait découvrir un de ses films-fétiches: Play it again, Sam, de Woody Allen.
Un philosophe accompagne David, le catholique convaincu, durant tous ses voyages: Voltaire, le sceptique. Candide, dans sa version anglaise, est son livre de chevet. Nous avions des discussions qui duraient parfois jusqu’à 4 heures du matin. On discutait de tout: films, religion, politique, philosophie etc. Jusqu’au mois de juillet 2001 je n’ai jamais écrit un seul texte, à l’exception de quelques dissertations universitaires et lettres d’amour impossible. Cette période de colocation a coïncidé avec la rédaction et la publication de mon premier papier sur TUNeZINE (Les maux de tous les mots). Etait-ce pur hasard? David m’a vu sauter de joie lorsque, quelques heures seulement après l’envoi du texte, ettounsi l’a publié, accompagné de quelques mots d’encouragement.
J’ai rencontré David pour la dernière fois en août 2001. Il travaillait comme busboy dans un pub irlandais de la rue Sainte-Catherine. Il m’a dit qu’après son retour d’un voyage à New York, les douanes canadiennees, doutant de de son cas, lui avaient fixé un ultimatum pour quitter le Canada. Mais son optimisme est resté intact. Il avait déjà une promesse de job, barman comme toujours, en Belgique. David l’autodidacte est le philosophe de l’optImisme absolu: le pire est toujours derrière nous et le meilleur nous attend au tournant. En courant dans les rues de La Haye, un graffiti m’attendait au tournant: WORK LESS, SPEND LESS, LIVE MORE ! [ TRAVAILLEZ MOINS, DEPENSEZ MOINS, VIVEZ PLUS ] Je me suis arrêté pour lire et relire ce livre de philo en six mots. Soudain j’ai entendu une voix, celle de David: “Amen”.
