FictionNovember 23, 2009 9:19 pm

 Les molécules du bonheur ( 1ère partie)

" I am chemical, you are chemical "
( Mr Jones dans le film Mister Jones )

 Tout a commencé le jour où le Dr Kanfoud a diagnostiqué une névrose chez Omar K.

- Finalement j’ai trouvé la source de ton mal-être. Tu souffres de névrose, cher patient
 
- Mais je ne souffre pas, docteur !

- C’est ça le côté le plus pernicieux de la névrose: le patient a l’impression d’être OK et son entourage ne remarque rien d’anormal.

- Une maladie sans symptomes ?

- Disons que les symptomes sont invisibles pour le commun des mortels. Seul l’oeil expert d’un spécialiste chevronné peut déceler ce mal qui se cache dans les interstices de l’âme humaine.

 - Puisque je ne souffre pas, comment pourrais-je savoir que je suis guéri le jour de ma guérison ?

 - Quand tu seras complètement guéri, je t’annoncerai moi-même la bonne nouvelle.

 - Tu me proposes quoi ?

- Un médicament miraculeux qui te rendras ton équilibre perdu.

 - Mais je me sens en équilibre, docteur !

 - C’est ce que nous , les spécialistes, appelons "équilibre dans le déséquilibre". Je peux vous comparez à un homme en bonne santé et sans haucun handicap qui marche à quatre pattes: il est en équilibre par rapport à la gravitation terrestre mais en déséquilibre par rapport à la bipédie humaine.

FictionNovember 19, 2009 7:49 pm

 Vendeur de rêves impossibles

Je suis un des hommes  d’affaires les plus riches au Canada. C’est pourquoi je m’ennuie à mourir. Je ne cherche ni le sens de la vie ni celui de la mort. Je cherche tout simplement à noyer mon ennui dans quelque chose. J’ai essayé l’alcool, la marjuana, le cannabis, l’ecstasy etc. mais j’ai fini par les vomir tous.

Après quelques mois de réflexion,  j’ai décidé de faire comme les "héros" du film italien "Amici miei" ( Mes chers amis), des gamins quinquagénaires qui, en parrallèle avec une vie familiale normale,  inventent des jeux puérils pour se divertir et oublier qu’ils vont mourir.

Un jour, j’étais en train de flâner dans un grand centre commercial de Montrèal lorsque j’ai vu un monsieur, bien habillé et l’air pressé, en train de remplir les grilles d’un formulaire de Loto. Je me suis dirigé vers lui et lui ai lancé sans même avoir dit bonjour:

- Monsieur, Vous n’allez pas gagner, je vous le garantis.

- Occupez-vous de vos affaires, Monsieur.

- Je m’occupe très bien de mes affaires mais vous, vous allez perdre votre argent pour rien. Les lois de la probabilité me disent que votre chance de gagner est de 0,000 000 000 1%.

- Laissez-moi tranquille, je vous en prie ?

- Savez-vous qui je suis ?

Avant qu’il ne réponde je luis sors ma carte d’affaires et mon permis de conduire pour lui prouver que je suis l’homme dont le nom est omniprésent dans les pages économiques des journaux canadiens. Il examine attentivement mon permis de conduire puis me dit:

- Pourquoi vous adressez-vous à moi ?

- Je voulais vous proposer une affaire.

- Quel genre d’affaire ?

- Dites-moi tout d’abord: vous allez jouer pour combien ?

- Cinq dollars.

- L’affaire que je vous propose est très simple: vous remplissez votre grille de Loto mais vous renoncez à jouer. Vous me donnerez la moitié de votre mise et moi ,en contrepartie, je mets toute ma fortune en garantie pour vous assurer contre le gain.

- Contre le gain ! Vous êtes fou ?

- Oui, je veux vous assurer contre le gain. Si les numéros que vous venez de choisir sortent au prochain tirage, je vous paie le montant complet du lot que vous auriez dû gagner.

À ma suprise, l’homme a accepté mon offre. Nous avons signé un contrat d’assurance contre le gain en bonne et due forme et je lui souhaité bonne chance. Cet homme fut le premier d’une série de clients que j’assurais contre le gain, la garantie étant toujours ma fortune de milliardaire.

Maintenant je passe tout mon temps à visiter les points de vente de Loto Québec pour lui arracher ses clients, fidèles et occasionnels. Bien sûr, j’ai reçu des menaces de la part des avocats de Loto Québec mais mes avocats avaient déjà pris les précautions  légales nécessaires. Ce qui n’était au début que le jeu d’un homme riche qui s’ennuie s’est convertie en une entreprise d’assurance contre le gain florissante et très bien cotée à la Bourse de Toronto, une ville qui a été, elle aussi, séduite par mon idée géniale.

Dans son livre magistral d’économie libérale Economics, le grand économiste Paul A. Samuelson a écrit: " les riches doivent s’assurer, les pauvres doivent jouer." Dorénavant, grâce à moi, les pauvres jouent et s’assurent en même temps. Un journaliste de Forbes m’a demandé: " Comment est-ce vous vous définissez en tant qu’entrepreneur?". J’ai répondu : " Je suis un vendeur de rêves impossibles à moitié prix…"

FictionNovember 18, 2009 8:46 pm

LE PASSÉ N’EXISTE PAS !

 

" Une grande partie de mon être était tordue, enfouie, enroulée sur elle-même, comme un écheveau de laine emmêlé dont on a perdu le bout. La grande confusion avait commencé avant ma naissance. Elle alla empirant." ( Mary Barnes; Un voyage à travers la folie )

On naît tous fous, quelques uns le demeurent”  ( Beckett )

La psy Glika Glicksmann était peu connue de la communauté scientifique avant la publication de son livre Le passé n’existe pas ! Sa carrière est aussi  labyrinthique que le pavé de 666 pages qu’elle vient de publier aux Éditions Locura Pura. Elle a commencé sa vie professionnelle comme psychanalyste. Après sept ans de pratique, elle ferme son cabinet et s’inscrit à une faculté de médecine à Paris. Son doctorat en poche, elle s’envole pour les Etats-Unis pour suivre de près les recherches du docteur Antonio Damasio à l’université d’Iwoa.  Elle achève son séjour américain à New York pour renconter et discuter avec le célèbre docteur Oliver Sacks

Après ses études et recherches en neuroscinces, elle fait un petit détour par la psychiatrie et s’installe pendant quelques mois à Londres, la Mecque de l’anti-psychiatrie. Enfin, elle ouvre un cabinet médical à Lausanne, sa ville natale, pour tenter une nouvelle forme de psycho-thérapie: l’oblitération mémorielle. Dr. Glicksmann a gentiment accepté de répondre à mes questions:

O. K. : Si j’ai bien compris votre livre, le passé n’existe pas ?

G. G. : Non, il n’existe pas. Il est une construction post-mnémotique. Il n’y a pratiquemeent aucune difference entre mémoire et imagination.

O. K. : Pourquoi avez-vous abandonné la psychanalyse ?

G. G. : Tout simplement parce qu’elle ne guérit pas les troubles psychiques.

O. K. : Freud n’a rien apporté à la science médicale ?

G. G. : Il a eu des intuitions géniales mais il était surtout un artiste. Sa prose est l’une des plus " savoureuses " de la langue allemande. En abandonnant la médecine pour la psychanalyse, Freud s’est converti en magicien du verbe. Mais sa " science " était aussi le symptome d’un malaise, celui de la société viennoise au début du siècle.

O. K. :  Pourquoi la psychanalyse ne marche pas, d’après vous ?

G. G. : Parce que la majorité des patients passent leur temps à ruminer leurs souvenirs d’enfance et d’adolescence et n’avancent pas, exactement comme un disque qui tourne en rond.

O. K. : Que propsez-vous comme alternative ?

G. G. : La seule alternative pour certains traumatismes est l’oblitération mémorielle. 

O. K. : En quoi ça consiste ?

G. G. : Après avoir obtenu le consentement explicite du patient, je l’hypnotise et je lui suggère que le souvenir dont il parle n’existe réellement pas. En quelque sorte, je libère les patients des mauvais souvenirs qui les empêcent d’avancer dans la vie.

 O. K. : Mais c’est de la manipulation ! Les mauvais souvenirs font partie de notre biographie, non ?

G. G. : Je ne fais rien sans le consentement du patient. Je vous donne un exemple: une patiente était obsédée par le suicide de son père. Grâce à l’oblitération mémorielle, le père est maintenant mort de vieillesse. Dorénavant la patiente n’a plus aucune excuse pour ne pas affronter les défis de la vie quotidienne.

O. K. : Quelle est votre réaction aux déclarations de certains de vos collègues qui vous qualifient de " gourou " ?

G. G. : Ils se trompent de vocabulaire. Je suis plutôt une " chamane "…

 

FictionNovember 13, 2009 7:51 pm

L’impatiente Régente et le Docteur Folhumour

Le docteur Mohamed Gueddiche, médecin personnel de Haj Zaba, est dans son bureau à la Présidence de Carthage. Il est absorbé par la lecture d’un livre passionnant. Soudain, il entend quelqu’un frapper à la porte. Il panique, ouvre un tiroir au hasard et y cache le livre qu’il était en train de lire.

Dr. Gueddiche : Entrez, je suis là.

La Régente de Carthage :  Je vous dérange ?

Dr. G. : Non, non, pas du tout. Assoyez-vous, je vous en prie.

R. C. : Puis-je m’allongez sur le divan ?

Dr. G. : Je suis désolé, je n’ai pas de divan. Je ne suis ni psychanaliste ni psychothérapeute. Je suis cardiologue, Madame.

R. C. : Je viens de lire un livre qui m’a plongé dans un océan de tristesse. La pire dépression de ma vie…

Dr. G. : Vous parlez de ce livre innommable commis par deux journalistes néo-colonialistes français ?

R. C. : Mais non, docteur !  Je m’en fous de ce raconte ce livre. Je parle d’un autre, une biographie de Bourguiba.

Dr. G. : Je vois que le juriste du Palais vous suggère maintenant des lectures pour adultes. Vous faites des progrès. Bravo !

R. C. : Ne vous moquez pas de moi, docteur !

Dr. G. : Absolument pas, Madame. Comment oserais-je me moquer de la femme du patron ? Il n’ y a aucune honte à être autodidacte. Staline, Hilter et Ceaucescu étaient des autodidactes comme vous.

R. C. : Je vais vous lire le passage qui m’a déprimée et qui me prive de sommeil depuis des jours: " Mais elle [Wassila] sait aussi que le pouvoir qu’elle a progressivement acquis dans l’ombre, que ce rôle d’éminence grise qui la comble sans toutefois satisfaire complètement ses ambitions, dépendent de lui [Bourguiba] et de lui seul. Elle n’a d’autre légitimité que celle d’une épouse. Viendrait à disparaître celui dont elle porte le nom, elle ne serait plus rien, et a suffisamment d’ennemis pour craindre un sort un peu enviable." (1)

Dr. G. : Je crois que Bessis et Belhassen ont raison. Si, que Dieu ne veuille,  le patron disparaît, vous risquez de perdre tous vos privilèges et la majorité de vos biens.

R. C. :  Mais si je nomme un président fantoche, par exemple Abdelwahab Abdallah, je pourrais tirer les ficelles du pouvoir derrière les coulisses, non ?

Dr. G. : Vous devriez lire la tragique histoire du général Rafael Leonidas Trujillo pour comprendre l’insoutenable légèreté de de ce scénario.

R. C. : C’est qui ce général ?

Dr. G. : Ce général, ancien de l’école des Marines aux USA, a régné sans partage sur la République Dominicaine du 16 août 1930 au 30 mai 1961, date de son assassinat. La famille de Trujillo, qui s’est enrichie sur le dos du peuple, avait un candidat à la succession aussi effacé que Addelwahab Abdallah, Joaquín Balaguer. Mais lorsque celui-ci a pris le pouvoir, il a peu à peu tiré le tapis sous les pieds des Trujillo. Finalement le clan familial de l’ex-dictateur n’avait d’autre choix que l’exil.

R. C. : Vous êtes en train d’enfoncer le couteau dans la plaie, docteur !

Dr. G. : Je suis un adepte des thérapies de choc, Madame.

R. C. : Pourriez-vous me prescrire des calmants ?

Dr. G. : Pas de problème.

Le docteur prend son stylo et écrit quelque chose sur une feuille blanche. Lorsque la Régente de Carthage lit ce qui y est écrit, elle s’évanouit sur le champ: " Je vous suggère deux calmants, Madame:  l’achat d’un billet aller sans retour Tunis-Abu Dhabi et l’ouverture d’un petit salon de coiffure chic à Dubaï "

 —

1 - Sophie Bessis et Souhayr Belhassen - Bourguiba, tome II, Un si long règne 1957-1989. Editions Jeunes Afrique livres, 1989 ; page 103.   

 

 

 

FictionNovember 12, 2009 5:13 am

 Dernier SOS d’un journaliste en détresse

Tunis - ( TNA ) - C’est inouï, c’est inédit, c’est du jamais vu ! C’est la première fois que ça arrive en Tunisie: un journaliste demande la protection de.. l’armée ! Bien que ce journaliste préfère garder l’anonymat pour l’insatant, la lettre recommandée qu’il a envoyée au chef d’état-major  général des armées  était non seulement signée mais aussi accompagnée des copies conformes de sa carte d’identité nationale et de sa carte de presse.

   Le journaliste, persécuté depuis des années, a écrit au chef des armées: " Mon Général, vous savez pertinemment que si un citoyen est agressé, il demande immédiatement secours à la police. Mais si c’est la police elle-même qui agresse le citoyen, alors à qui doit-il adresser son SOS ?

Mon Général, j’ai été tabassé et insulté plusieurs fois par des policiers en civil. Des voyous des Services Spéciaux terrorisent en permanence mes enfants et ma femme. Ma maison est encerclée 24 heures sur 24 heures par des agents de la police politique. Je ne reçois plus de visteurs car ces policiers en civil insultent et menacent tous ceux qui se rendent chez moi.

Mon Général, je demande la protection de notre armée nationale. Nos vaillants soldats ont déjà protégé l’année dernière les citoyens de Redeyef des violences et des pillages policiers. Tout ce que je vous demande est une patrouille militaire qui protège ma maison et qui m’accompagne dans mes déplacements professionnels. C’est à vous de décider du nombre de soldats de cette patrouille. Même un seul soldat armé me suffit pour retrouver le sentiment de sécurité que j’ai perdu depuis des années. Mon Général, vous êtes mon dernier secours."

Le journaliste, qui a reçu un récépissé postal prouvant que sa missive avait été bien délivrée au vaguemestre de l’armée, est optimiste mais il avoue qu’il a peur des conséquences de son acte. " Si l’armée accepte de me protéger, il y aura certainement des centaines - peut-être même des milliers - de Tunisiens persécutés qui solliciteront la protection de l’armée. Mais si l’armée se met a protéger les citoyens de la police, restera-t-il encore assez de soldats pour protéger les frontières de notre pays ? "

FictionNovember 11, 2009 9:22 am

Qui a écrit ce livre ?

" My only regret in life is that I am not someone else. " ( Woody Allen) - Je n’ai qu’un seul regret dans la vie: ne pas être quelqu’un d’autre -

Le livre que je viens de lire est inclassable. Comme son auteur, d’ailleurs. Ce dernier est décrit par ses patients comme un médecin excentrique ou même "borderline". Le titre du livre en dit long sur la personnalité de son auteur:  Qui a écrit ce livre ? Ni plus ni moins !

Le docteur Hatem Boujebba n’a jamais rien publié auparavant. Il s’est contenté jusqu’ici d’écouter ses patients et de prononcer des communications scientifiques pendant les séminaires et les colloques scientifiques. Dès les premières pages, l’auteur pose la question-clé de son ouvrage: Qui a écrit ce livre ? Il prétend que tout être humain, y inclus Hatem Boujebba, est une… création de l’esprit ! 

Commençons par le commencement: un ovule contenant des milliards d’informations est fécondé par un spermatozoïde, lui aussi porteur de milliards d’informations. Si tout se passe bien, l’ovule fécondé se transforme en bébé. C’est quoi un bébé ? C’est un organisme vivant porteur d’un patrimoine génétique qu’on plonge dans une langue, une culture et un milieu socio-économico-gégraphique qui façonneront peu à peu ce qu’on appelle la personnalité.

Bref, qui parle lorsque Hatem Boujebba parle ? " Personne ", répond l’auteur ! Hatem n’est qu’un label qu’on pose sur un produit génético-socio-culturel. Il écrit: " Je n’ai rien fait pour devenir ce que je suis. D’ailleurs, ce "je" est une construction intellectuelle, une illusion. Lorsque je dis : " je suis ", il faut toujours traduire par " nous sommes ". Le " nous " c’est les milliers de milliards d’êtres vivants qui se sont reproduits depuis l’éclosion de la vie sur terre, plus les centaines de générations d’homo sapiens qui nous ont transmis une seconde nature: la culture. "

Le deuxième chapitre du livre traite d’une question qui intéresse à la fois les philosophes et les chercheurs en neurosciences: C’est quoi la conscience ?  Le docteur Boujebba paraît fasciné par une théorie avancée il y a trente ans par Douglas Hofstadter dans son livre Gödel, Escher, Bach  : la conscience est… une colonie de fourmis ! Comme les fourmis, les neurones, pris individuellement, ne sont porteurs d’aucune information. Une fourmi ne parle pas mais une fourmilière est porteuse d’un message compréhensible par les entomologistes. La conscience c’est donc ce " je-ne-sais-quoi " qui naît du travail d’équipe de milliards de neurones. " La conscience n’a rien de magique", écrit le  psychiatre, " sans support matériel ( neurones+énergie) la conscience n’a aucune chance d’émerger." Mais alors pourquoi Deep Blue, l’ordinateur d’IBM qui a battu Kasparov aux échecs en 1997, n’a pas développé de conscience malgré ses performances surhumaines ?

Ici l’auteur admet que la science a des limites. " Notre bon sens nous dit qu’un robot aussi androïde qu’il soit ne pourra jamais tomber amoureux, s’émouvoir devant un lever de soleil, pleurer en écoutant le requiem de Mozart ou admirer un tableau de Munch. "

Le troisième chapitre aborde la question de la relation entre l’art et le cerveau. L’auteur pense que l’art sert à entretenir l’hémisphère droit du cerveau. L’art jouerait un rôle aussi vital que la nourriture ou la sexualité. Depuis des siècles, les médecins connaissent les vertus thérapeutiques de la musique. Le célèbre médecin Al-Razi pratiquait la musico-thérapie. Les psychanalistes croient que le secret de la musique c’est qu’elle parle directement à l’Inconscient. Pour les chrecheurs en neurosciences, la réception et l’interprétation de la musique se passe dans l’hémisphère droit de notre cerveau.

Les autres chapitres du livre traitent de questions aussi diverses que: La recherche du sens. La concience de la mort et la naissance du premier philosophe. Il était une fois la foi. Univers ou multivers ?

FictionNovember 4, 2009 8:08 pm

Entretien avec Bertrand Delanoë, maire de Paris, amoureux de Bizerte, ami de Ben Ali.

O. K. : Monsieur Delanoë, votre ami Ben Ali est fâché contre vous. Vous le savez ?

B. D. : Je ne vous crois pas. Ben Ali est notre ami.  Peut-être est-ce la Régente de Carthage qui est fâchée contre moi ?

O. K : En tout cas vous avez fâché le régime tunisien parce que vous aviez défendu une tête brûlée, Taoufik Ben Brik.

B. D. : Mais qui dirige ce régime ?

O. K. : C’est un secret d’État. Même la CIA, la DGSE et le FSB sont incapables de dire qui dirige la Tunisie actuellement.

B.D. : Mais qui a donné l’ordre d’arrêter Taoufik Ben Brik ?

O. K. : Tout ce qu’on sait c’est que l’ordre vient du Palais de Carthage mais il ne porte aucune signature !

B. D. : C’est étrange, c’est déroutant.

O. K. : En effet mais soyez sûr d’une chose: Bizerte ne vous accueillera pas à bras ouverts l’été prochain. Sauf changement de régime, bien sûr.

B. D.: Voudriez-vous m’accompagner à l’église Notre-Dame ?

O. K. : Pour quoi faire ? Je l’ai déjà visitée.

B. D. : Je voudrais y allumer un cierge et adresser une prière à Jésus: " O Seigneur, ne me prive jamais de mes vacances à Bizerte !"

O. K. : Vous êtes devenu croyant ?

B. D. : Je suis prêt à croire en Dieu, Allah, Yahvé, Jésus, Mahomet, Moïse, Bouddha, Shiva et même Hari Krishna  pourvu que je ne rate pas mes vacances à Bizerte en 2010 !

FictionNovember 3, 2009 8:28 pm

Le message d’un dévot de Carthage
 
Omar. K. : La paix sur vous, cheikh Sakhr.
 
Sakhr Matri : La paix sur vous aussi et la miséricorde de Dieu et sa bénédiction.
 
O. K. : Votre beau-père, Haj Zaba, n’aime pas les brabus. Comment tolère-t-il votre barbe de frère musulman ?
 
S. M. : Il digère mal cette barbe mais il laisse faire car, homme de renseignement par excellence, il sait que la pratique religieuse est à la mode en Tunisie.
 
O. K. : Qu’est-ce qui vous a inspiré pour créer une radio coranique (Zitouna), une télé et une banque islamiques ?
 
S. M. : Une citation de Karl Marx, lue il y a quelques années, a changé ma vie: « La religion est le soupir de la créature tourmentée, l’âme d’un monde sans coeur, de même qu’elle est l’esprit des situations dépourvues d’esprit. Elle est l’opium du peuple. »
 

O. K. : Votre radio religieuse est la plus écoutée en Tunisie. Son succès vous surprend-il ?
 
S. M. : Je ne suis pas du tout surpris. J’ai fait des études de marché avant de me lancer dans le business religieux.
 
O. K. : C’est quoi le message de cette radio ?
 
S.M. : Le message est simple: " Les biens matériels sont la source du malheur, seuls le jeûne et la prière vous procurent le bonheur " .
 
O.K. : Mais la liste des biens matériels que vous avez accumulés dépasse l’imagination !
 
S.M. : Les apparences trompent parfois. Ces biens d’ici-bas n’ont qu’un seul but: financer ma quête spiriutelle de l’au-delà.
 
O.K. : Hier votre journal Le Temps a publié une info à peine croyable: un étudiant et une étudiante ont écopé de 6 mois de prison chacun pour avoir fait l’amour dans un hôtel ! Vous êtes d’accord avec cette répression ?
 
S. M. : Je trouve le verdict un peu trop clément. Je plaide et milite pour la chasteté avant le mariage. Je recommande aux jeunes beaucoup de prières et de jeûne pour comabattre leurs pulsions malsaines.
 
O. K. : Vous êtes pour la "saoudisation" de la Tunisie ?
 
S. M. : Je n’irais pas jusqu’à demander l’application de la charia pour couper la main aux voleurs, fouetter ou lapider les pécheurs. Il n’en reste pas moins que la vie privée est une affaire publique. Il faut lutter contre la décadence morale propagée par l’Occident. J’admire le régime saoudien surtout pour une chose: la majorité des sujets de Sa Majesté le Gardien des Lieux Saints ne contestent pas la légitimité du règne de la famille royale, les Al-Saoud. La Tunisie doit suivre l’exemple. Il faut que les Tunsiens réalisent un jour que le pouvoir suprême est une affaire qui ne les concerne pas. 
 
O.K. : Pourquoi ?
 
S.M. : Parce que cette vie terrestre n’a aucune importance, aucune valeur. Ce qui compte c’est le salut de l’âme dans l’au-delà.
 
Westmount, Montréal,  le 3 novembre 2009.
FictionOctober 29, 2009 7:59 pm

Nomenklatura contre Mafia Dura

Fahmi Fahman (nom fictif) est un haut cadre tunisien qui travaille dans un service tellement secret qu’il ne porte même pas de nom. Il visite Montréal pour enquêter sur l’incendie qui a détruit un immeuble appartenant à un homme d’affaires tunisien lié au clan des Trabelsi. J’ai profité de sa visite de la métropole québécoise pour lui poser quelques questions.

O. K. : On vient d’arrêter le journaliste Taoufik Ben Brik aujourd’hui. On a arrêté le journaliste Zouheir Makhlouf le 15 octobre dernier. Hier, cinq "inconnus" ont tabassé le journaliste Slim Boukhdhir et lui ont arraché ses vêtements et ses effets personnels. Qu’est-ce qui se passe actuellement en Tunisie ?

F. F. : C’est tout à fait normal pour une fin de règne. 

O. K. : Mais on parle de fin de règne depuis octobre 1999 !

F. F. : Certaines agonies sont longues et douloureuses.

O. K. : L’après-Ben Ali a-t-il déjà commencé ?

F. F. : La Tunisie est en train de traverser une zone de cumulonimbus à fortes turbulences. L’ère Ben Ali est déjà derrière nous. La Tunisie est enceinte d’un bébé - le pessimistes parlent d’un monstre - dont l’échographie prête à 1001 interprétations. Ce bébé porte déjà un nom: "L’après-Ben Ali". C’est tout ce que je peux dire.

O. K. : C’est une guerre sans merci entre les clans mafieux de Tunis ?

 F. F. : En fait il s’agit d’une guerre à plusieurs fronts. Il y a , d’une part, une guerre à peine larvée qui oppose la nomenklatura du RCD (parti au pouvoir depuis 1956), soutenue par certaines familles de la grande bourgeoisie de Sfax et Tunis, à la "Régente de Carthage", Leila Trabelsi-Ben Ali. D’autre part, il y a une guerre secrète entre les  "chefs de gang" qui orbitent autour du Palais de Carthage. Les plus connus sont Sakhr Materi et Belhassen Trabelsi. Le sort de chaque "capo" est intimement lié à celui des autres mais ils savent tous que le pouvoir ne se partage pas. Il faut lire la biographie du parrain de Chicago Sam Giancana ( Notre homme à la Maison Blanche), écrite par son frère Chuck,  pour comprendre la logique mafieuse.

O. K. : D’après vous, qui gagnera cette guerre ? 

F. F. : La guerre sera gagnée par celui qui réussira à contrôler les services de sécurité et à maintenir l’armée dans ses casernes.

O. K. : Et le peuple tunisien dans tout ça ?

F. F. : Il applaudira le vainqueur. 

FictionOctober 25, 2009 4:17 pm

La princesse de Budapest et son harmonie céleste

 Tunis - ( TNA ) - Personne ne connaît son vrai nom. Tout le monde l’appelle la princesse Kadirova. Elle est originaire des Carpates en Roumanie mais son "cabinet" se trouve à Budapest. Elle visite la Tunisie tous les cinq ans. Toujours au mois d’octobre. Dès son arrivée à l’aéroport de Tunis-Carthage, elle a droit à un accueil VIP. Un haut cadre du Ministère de l’Intérieur l’attend à la passerelle de l’avion et l’accompagne à la salle d’honneur puis à son hôtel cinq étoiles de luxe.

Mme Kadirova ne vient en Tunisie ni pour bronzer ni pour se détendre dans un centre de thalassothérapie. Elle vient pour travailler et n’a pas de temps à perdre. C’est toujours la même routine depuis octobre 1989: chaque veille de scrutin elle s’installe dans un bureau discret au 3ème étage du Ministère de l’Intérieur et se met à bosser. Le bureau n’a aucune dénomination officielle mais les cadres de l’Intérieur ont pris l’habitude de l’appeler " le bureau des taux ". C’est là que Mme Kadirova, astrologue et numérologue reconnue mondialement, mijote la soupe électorale tunisienne. Dans la Tunisie de Ben Ali, l’homme de l’ordre absolu, rien n’est laissé au hasard.

" Les chiffres ont une âme ", a déclaré une fois Mme Kadirova au quotidien hongrois Népszabadság. Le régime tunsien partage pleinement la Weltanschauung de la princesse Kadirova. Surtout lorsque cette érudite déclare sereinement: " On ne peut publier des chiffres et des taux qui violent l’harmonie céleste."

La princesse illuminée de Budapest et son équipe, composée de sept cadres, ont passé la nuit du 24 au 25 otobre à déchiffrer les signes du ciel. Dès que les données astrologiques sont rassemblées, Mme Kadirova s’isole dans son bureau avec ses cartes et ses tables numérologiques.

Malgré la complexité de l’Univers et l’étendue de ses mystères,  jusqu’à ce jour béni du Seigneur, la princesse Kadirova n’a jamais fourni des chiffres et des taux qui violeraient les lois immuables qui régissent le ciel et la terre.