JournalApril 8, 2008 7:24 pm

Sans titre

Peut-on vivre toute sa vie dans le doute? J’en doute. Archimède a dit:” «Donnez-moi un point d’appui : je soulèverai le monde». Où est-ce qu’on pourrait trouver ce point fixe? Ni les religions ni l’athéisme n’arrivent à me convaincre. Et encore moins le scepticisme. A chaque reveil la même question, leitmotiv d’une vie sans motif, revient: ” Pourquoi j’existe ? Pourqui existons-nous?”. D’ailleurs je me demande pourquoi je me pose cette question ! Une amie d’Ottawa qui m’a cotoyé pendant deux jours à Montréal m’a dit: ” J’ai le sentiment que tu es rongé par quelque chose.”

Pourquoi ne pas suivre le chemin peu escarpé de cette ex-coloc qui fantasmait chaque soir sur le petit-déjeuner du lendemain: ” Demain matin on mangera des croissants chauds “. Ah! Si la vie était aussi simple que ça ! Un ancien collègue de bureau me disait chaque vendredi à midi pile: “Tu viens avec nous? Vendredi on mange du poulet.” Lui, au moins, il ne cherche pas midi à onze heures. “Cette semaine, il y a un rabais de 50% sur les oeufs chez X.” m’a annoncé euphoriquement ma logeuse. C’est ce qu’on appelle une vie au rabais…

JournalMarch 19, 2008 3:03 am

Je vis dans une société habitée par la peur. La peur de se faire voler, la peur des incendies, la peur des maladies, la peur de mourir etc. Jusqu’à maintenant je n’ai jamais rencontré des gens heureux. Des gens qui se sentent bien dans leur peau. La majorité se comporte comme une armée de pompiers qui s’attend à chaque instant d’être appelée à éteindre un feu ou gérer une catastrophe. Tout le monde s’attend au pire et le pire peut arriver n’importe quand. “Il faut se protéger”, disent les sages de ce monde fou. ” Se protéger” est un verbe en vogue dans cette contrée monothéiste qui ne croit qu’en un seul dieu: Dieu Dollar.

Ils passent tout leur temps à parler de ce qui est cher et de ce qui n’est pas cher. Ils parlent toujours des bonnes et des mauvaises affaires. J’ai envie de leur crier au visage: ” La vie n’est pas une affaire !”. Ils me répondraient à l’unisson: “Occupe-toi de tes affaires !”.

Mais moi je n’ai pas d’affaires. A part mes vêtement, quelques livres et un vieux ordinateur, je ne possède rien. Je n’ai peur ni des voleurs ni des escrocs. Je préfère chanter avec le poète libanais Mikhaël Nuaïmé:

Le toit de ma maison est en fer
Et ses murs sont en dur calcaire

Que la tempête refuse de se taire
Ce n’est en aucun cas mon affaire !

JournalMarch 17, 2008 9:06 pm

Adieu, Mère Terre !

” Il regarda sa mère. Le beau regard marron fit remonter en lui des années de tendresse.

- As-tu peur, mère?

- A mon âge, on ne craint plus grand-chose.” ( Albert Camus; La Peste, Ed. Gallimard Folio, page 117)

A quel âge commence-t-on à ne plus craindre grand-chose ? Je pense qu’on devient stoïque devant la mort le jour où tout ce qu’on vit n’est plus que du “déjà vu”.

Un article du New York Times, Kissing the Earth Goodbye in About 7.59 Billion Years * [ Dire Adieu à la Terre dans 7,59 miliards d’années], m’a débarrassé de toutes mes angoisses. Lorsque chaque matin je vois des milliers de gens prendre le métro pour aller travailler, je ne peux m’empêcher d’admirer leur courage sisyphien. Mais le comble de l’absurde- Emile Cioran en sait quelque chose - c’est de n’avoir ni le courage de vivre ni celui de se suicider.


* http://www.nytimes.com/2008/03/11/science/space/11earth.html?em&ex=1205899200&en=4bd884c2f199d73a&ei=5087%0A

Journal 3:59 am

Nerf vague

” L’enregistrement nocturne et continu de l’életctrocardiogramme a bien montré aux médecins que la nuit est, physiologiquement, très différente du jour. On découvre dans la nuit des lambeaux de graphiques où le cœur se ralentit incroyablement sous l’influence du nerf pneumogastrique - ou le nerf vague. La nuit, c’est l’heure où les crises surviennent, où les femmes accouchent, l’heure de la création”

Fernand Destain, La souffrance et le génie; Presses de la Cité (1980), page 242.

Dors !

” Mes nuits étaient plus longues que mes jours car, la nuit, j’étais seule. Je regardais Remco ; il ronflait à mes côtés. C’est à lui que je devais le peu d’équilibre qu’il me restait ; mais il arrivait à dormir, et cela faisait toute la différence. Il passait directement de mon ventre chaud au Pays des Rêves, lieu dont je n’avais plus qu’un souvenir de moins en moins précis… Alors je sortais à vélo dans les rues sombres, débordante d’énergie et je cherchais la vie…”
Tiré du roman ” Dors ! “, écrit par Annelies Verbeke, traduit du néerlandais ( Belgique) par Daniel Cunin. Editeur : Mercure de France, Paris, France Collection : Bibliothèque étrangère.

JournalFebruary 29, 2008 9:29 pm

Enfin le 29/02/2008. Une journée particulière qui n’a rien de particulier. L’hiver continue. L’hibernation continue. Je passe presque chaque jour devant la fenêtre sans rideaux de ma voisine retraitée. Seule, hébétée, hypnotisée, subjuguée par sa télé. Cette voisine me rassure: ” Qu’y a-t-il à craindre d’un monde si régulier?” ( Sartre). Mario, retraité depuis un an, passe sa vie devant un autre écran, celui de son ordi. Il navigue tout le temps sans bouger d’un pouce.

J’appelle mon amie Nina, une Tzigane qui adore jouer aux cartes:

- C’est quoi la vie?

- La vie est une attente.

- Attente de quoi?

- J’attends la réponse…

JournalJanuary 2, 2008 2:07 am

Adieu Tristesse, vive la baisse !

Ce soir le Québec est en liesse
Car la TPS (1) est en baisse

On allège mon poids fiscal
Mon bonheur est sans égal

Ce soir on rit et on danse
Tout Montréal est en transe

On se rue vers les tavernes
Et on allume les lanternes

Notre vie n’est plus morne
Notre joie est sans bornes


1- TPS = Taxe sur les produits et services. Elle passe de 6% à 5% le 1 janvier 2008. Les statisticiens prévoient l’augmentation du taux de bonheur des Canadiens de 1%. Les suicidologues s’attendent, quant à eux, à une baisse de 0,1% du taux de suicide à partir de 00h01 du 1 janvier 2008.

JournalDecember 30, 2007 8:26 pm

Temps mort

“Les jours s’ajoutent aux jours sans rime ni fin.”
J.P. Sartre; La Nausée.

Le temps n’existe pas. C’est ce que je viens de découvrir en lisant un numéro spécial de Scientific American ( A Matter of Time, 26 juin 2006). Le temps n’est qu’une illusion fabriquée de toutes pièces par le cerveau humain pour avoir des repères dans cet univers sans rime ni fin. Bref, nous sommes tous les contemporains du Big Bang, des dinosaures, de la guerre de Troie - a-t-elle variment eu lieu ?-, de la chute de l’empire romain, de Néron et de Hitler. Puisque “aujourd’hui” et “demain” sont équivalents, nous sommes déjà témoins de la disparition de la vie sur terre à cause du refroidissement progressif et inéluctable du soleil.

Dans quelques milliards d’années, c’est-à -dire maintenant, le soleil brillera par son absence. Qui se souviendra de cette petite planète bleue qui envoyait des signaux bizarres vers des civislisations extraterrestres inesxistantes?

Peut-être les particules élémantaires, derniers vestiges de l’univers ou du multivers, conserveront-elles quelques bribes de ce que fit ou fut l’homo sapiens: quelques notes éparpillées d’une Petite Musique de Nuit, des traces, à peine détectables, des cendres de Cinema Paradiso, des grains microscopiques du Désert des Tartares, des fragments d’ondes inaudibles d’un Cri qui a fait beuacoup de bruit et, efin, des échos très faibles de cette force mystérieuses qui liait les atomes crochus…

JournalDecember 18, 2007 6:55 pm

Une étoile est née

C’est une expérience unique d’être la fille unique d’un fils unique. Les parents d’Elyssa, qui sont mes amis, ont decidé qu’elle n’aura ni frère ni soeur. Mais l’important c’est que la chaîne de transmission de l’ADN ne s’intrrompe pas. Elyssa a vu le jour - ou plutôt les premières lueurs de l’aube - hier. Sa venue au monde a commencé par un cri. Un cri causé par une séparation douloureuse mais nécessaire. Adieu le confort intérieur. Bonjour La Grande Aventure.

Elyssa, vieille de deux jours, est déjà citoyenne de cinq pays:

- le Canada, son pays natal
- La Tunisie, pays d’origine de son papa
- l’Irak, pays d’origine de sa maman
- La France, pays d’origine de sa grand-mère
- La Grèce, pays d’adoption de sa maman

Comme l’a bien écrit Jostein Gaarder, la vie est une course de relais. Ce relais porte le nom d’ADN. Quel est le but de cette course folle qui dure depuis 3,8 milliards d’années? Je donnerais une réponse à la Woody Allen:

- Le but de la vie c’est de fêter les naissances
- Mais pourquoi fête-on les naissances?
- Parce que c’est le but de la vie…

JournalDecember 3, 2007 8:46 am

Du n’importe quoi

Mon médecin est formel: ” Si tu cesses d’écrire, ton coeur risque de fléchir”. Je lui ai dit: ” Mais je n’ai rien à dire !”.
- Ecris n’importe quoi !
- Une page par jour, éloigne le médecin pour toujours ?
- Je me contenterai de soigner ton écriture.
- Mais tu sais, docteur, que je souffre du syndrome de la page blanche.
- Tu aimes les films?
- Je ne peux vivre sans films.
- Quel est le dernier film que tu as vu?
- Le Fabuleux Destin d’Amélie Poulain.
- Je me rappelle cette phrase à la fin du film: ” Il y a plus de connections dans un cerveau humain que d’atomes dans l’univers” !
- Les conneries du cerveau humain sont aussi innombrables. Un autre film que j’ai vu cette semaine en fait une demonstration magistrale.
- Comment s’appelle le film?
- Das Leben der Anderen ( La vie des autres). La star du film est la Stasi ( Sûreté de l’Etat) de la RDA. Maintenant je comprends pourquoi on dit que les SS ( Services Spéciaux ) de Ben Ali ont recruté des ex-officiers de la Stasi après la réunification de l’Allemagne en 1990.
- Tu es encore obsédé par Ben Ali?
- Non, j e suis guéri depuis un bout de temps. J’ai suivi une cure de “débenalisation”.
- Tu veux oublier la Tunisie?
- Déjà oubliée !
- Pas de nostalgie?
- On ne souffre pas de nostalgie lorsque l’harissa est vendue dans les magasins de Montréal.
- Tu rêves pas de Méditerranée avec ces témpératures de moins 10, moins 30?
- Je me suis raisonnablement acomodé au climat québécois.

Avant de prendre congé de moi, le docteur R. me dit:

- Essaie d’écrrire. C’est vital !
- Mais écrire sur quoi?
- Tu peux ecrire sur n’importe quoi. L’important c’est que ton clavier ne reste jamais coi !

JournalAugust 25, 2007 10:53 pm

PLAIDOYER POUR LE BONHEUR

” Celui qui connaît la paix intérieure n’est pas plus
brisé par l’échec qu’il n’est grisé par le succès. Il
sait vivre pleinement ces expériences dans le contexte
d’une sérénité profondeet vaste, en comprenant
qu’elles sont éphémères et qu’il n’a aucune raison de
s’y attacher. Il ne saurait “tomber de haut” lorsque
les choses tournent mal et qu’il doit faire face à
l’adversité. Il ne sombre pas dans la dépression, car
son bonheur repose sur des fondements solides.”

Extrait de “Plaidoyer pour le bonheur” de Matthieu
Ricard, p. 18