SerendipityMay 1, 2008 7:28 pm

Sarkozy invité dans un bar clandestin

C’est à peine si le brouhaha s’apaise un peu, le temps pour les clients du bar de saisir au vol quelques bribes du discours de Nicolas Sarkozy. Le journal télévisé de 20 heures, lundi 28 avril, vient de commencer. Quand apparaissent les deux présidents enlacés, le Français et le Tunisien, les visages se renfrognent.
“Eh ! Tu nous l’as déjà servie, cette chanson !” s’esclaffe un chômeur. De Pierre Mendès France, en passant par Mitterrand, c’est toujours la même rengaine : la Tunisie est un amour pour la France.

Chez Fritchou, un bar clandestin, les bavardages vont bon train. Sur la table du milieu, il y a un soupçon de vie. Les traits empreints de lassitude, ils fument et boivent du mauvais alcool. “Je n’ai personne qui crie, je viens ici et je picole” dit un type tailladé de coups de couteau, une vraie carte géographique. “Pour parler, on parle ! De tout et de n’importe quoi. Le Ben Ali ? Sarkozy ? Je m’en tape complètement”, lance un compère dans un ricanement sinistre.

- Tu m’as dit une fois, me semble-t-il que tu pensais que les chefs français qui disent aimer les Tunisiens, s’ils les aimaient réellement, devraient vivre comme les Tunisiens. C’est bien cela, non ?
- Ouais, dit le balafré. Et spécialement quand ce chef s’appelle Sarkozy.
- Cela signifie que nos amis de France doivent s’attabler à la table et se servir une bouteille de boukha et se taper une kahba [pute] en fin de partie ?
- C’est ça même.
- Et pourquoi donc ?
- Pour me prouver qu’ils m’aiment vraiment, dit le balafré. Autrement, je les crois pas. Ce Sarkozy qui m’aime et qui s’occupe du sort de mon pays. Il devrait, quand il s’invite chez moi, aller dormir dans les taudis Hay Ettadhamen qui sont faits pour tout ce qu’on veut sauf pour dormir. Il devrait aussi manger dans des gargotes, surtout dans les petits villages où toutes les argenteries sont bien graisseuses. Faudrait aussi qu’il attende pendant une heure le bus bondé pour journaliers et aides ménagères. Et puis même il devrait envoyer ses enfants dans les écoles pour bicos. C’est des écoles qui sont presque toujours de l’autre côté du Chemin de fer, dans des gourbis qu’on peut pas croire que ça existerait.

Quand notre ami Sarkozy aura fait l’expérience de la gargote, de mon lit, de l’école de mon fils, du bus de ma femme, alors on verra son vrai sentiment.
- Si tu espères que nos bons chefs français vont traverser toutes ces épreuves, c’est que tu les prends pour des surhommes.
- Pourquoi ? J’ai bien voyagé dans des wagons de marchandises et je ne suis pas un surhomme, moi. D’ailleurs, comment ce peuple qui a peur du blizzard et des moustiques a pu nous coloniser ?
- Tu radotes.
- Je crois au partage égal. Ces gentils Français qui m’aiment bien, ils doivent partager avec moi les transports collectifs, non ? En plus, j’aimerais bien que mes amis de France essayent une fois de se servir des chiottes des gares du Nord. Y a rien sur la terre, rien, vous m’entendez, qui est comparable à des toilettes dans une gare du Nord. La moitié du temps, y a pas de glace, pas de papier, parfois même y a pas de WC.
- Mmm
- Ca suffit pas que ce chef français soit gentil avec moi, qu’il me serre la main et qu’il me dise que je suis bien dans un pays bien. Je le sais que je suis un homme bien. Ce que je veux, c’est mon pays devienne un pays bien. C’est pourquoi, si tous ces présidents français qui défilent depuis Pierre Mendès France, apprennent sérieusement ce que c’est que d’être privé de sa liberté, je vous parie qu’ils changeront d’avis.
- A vrai dire, même moi, si j’étais un chef français, quelle que soit mon amitié pour la Tunisie, je serais incapable de m’exposer aux avanies du sous développement rien que pour prouver mon amour des Tunisiens.
- Moi non plus, dit le balafré.
- Alors, toi non plus, tu ne serais pas si courageux que cela ?
- Bien sûr. Mais je serais comme un chef français. A la place de Sarkozy, je serais à ma place.

Taoufik Ben Brik

SOURCE:
http://tempsreel.nouvelobs.com/actualites/opinions/tribunes/20080430.OBS2083/sarkozy_invite_dans_un_bar_clandestin.html

SerendipityApril 25, 2008 5:57 pm

DE TUNIS À QUÉBEC

par Taïeb Moalla

Je viens d’un pays, la Tunisie, où la liberté d’expression n’est qu’une chimère. En débarquant à Québec, je pensais naïvement avoir laissé derrière moi les questions liées à la censure et aux diverses pressions que mes confrères tunisiens ne connaissent que trop bien.

Or, le conflit absurde que nous subissons depuis un an m’a permis de réaliser cette réalité: la liberté d’expression peut être menacée même dans les pays démocratiques. Nul besoin d’un régime despotique, allergique à la presse indépendante, pour mettre à mal ce principe fondamental de la vie citoyenne. Il suffit pour cela qu’un employeur tente de sabrer dans les conditions de travail, essaye d’imposer des cadences irréalistes aux travailleurs et cherche à profiter de leur labeur.

Notre combat vise, en dernière analyse, à assurer un journal de qualité à nos lecteurs. C’est pourquoi je suis si fier de faire partie de la «belle gang des lock-outés».

Taïeb Moalla, journaliste

SOURCE:
Média Matin Québec, mardi 22 avril 2008
http://www.mediamat inquebec. com/Pdf/MMQ- 2008-04-22. pdf

SerendipityMarch 25, 2008 1:42 am

PRENONS LE TEMPS DE MEDITER

Vivre constamment sur ses nerfs est nuisible à la santé physique et morale. Cependant nombre de gens ne connaissent que deux façons de combler les heures de loisir dont ils disposent : travailler ou s’amuser et, dans l’un ou dans l’autre cas, ils se donnent à fonds. Nous songeons rarement à consacrer des moments de répit à une autre activité : cette précieuse faculté de l’esprit qui s’appelle méditation.
Vous est-il jamais arrivé de voir un homme tranquillement assis dans un hall d’hôtel ou, chez lui, dans son salon, et qui ait l’air de ne s’intéresser à rien. ? Il n’a ni livre ni plume entre les mains. Il semble prendre son temps à ne rien faire. Quelle serait alors votre réaction ? Vous penseriez tout de suite que cet homme attend quelqu’un et, à le voir ainsi s’ennuyer, vous auriez probablement envie de le plaindre. Il ne nous viendrait jamais à l’esprit que, en dépit de son désœuvrement apparent, ce faux oisif fait cependant une chose à la fois importante et agréable : il laisse sa pensée errer et s’émerveiller ; il se détache entièrement de son cadre naturel, s’ouvre en un mot à la méditation.
Méditer c’est se rafraîchir et se reposer. C’est emmagasiner de l’énergie pour l’avenir, c’est assurer à la vie de l’équilibre et de la souplesse. La méditation nous amène souvent à considèer sous un autre angle les richesses de l’âme humaine et développe nos facultés.
Aucune règle spéciale, aucune technique, définie ne président à la méditation. Il s’agit simplement de rendre la liberté à son esprit et de le laisser errer en paix au-delà des objectifs matériels et des contingences “pratiques” du présent. Oui, laissez carrément votre pensée partir en vacances. Laissez-la s’élever au-dessus des tristes réalités de la vie quotidienne. C’est si facile ! Vous connaîtrez ainsi l’état d’esprit d’où l’on se trouve automatiquement plongé quand on écoute de la belle musique ou qu’on est en présence d’un splendide coucher de soleil. Votre émerveillement ne connaît pas d’impatience ; il n’est pas nécessaire de préparer à l’avance ni de forcer votre recueillement.
Vous n’avez besoin d’aucune aide matérielle. Peu importe le cadre qui vos entoure ; vous avez vite fait de l’oublier une fois que vos avez pris l’habitude de méditer. Cependant, le calme, la beauté du décor qui vous environne influent de façon certaine sur la méditation.
Le grand psychologue William James recommandait à ses élèves de philosophie d’assister fréquemment aux offices religieux. ” Prenez l’habitude de vous rendre dans ces endroits calmes et propres à la méditation, leur disait-il ; cela vous aidera à conserver toute sa lucidité à votre faculté de jugement.” Il leur faisait la comparaison suivante»:En allant à l’église vous faites comme cet homme ballotté au milieu d’une foule en marche, qui réussit à la dominer en montant sur un banc. Ayant reconnu le sens du courant, il peut se fondre de nouveau dans la masse et s’y frayer un chemin.” Il aurait très bien pu utiliser la même image en parlant de la méditation. La méditation nous élève au-dessus des petitesses de la vie et nous permet de distinguer l’essentiel de l’accessoire. Ainsi, le sens spirituel de nos épreuves nous apparaît clairement.
Comment se préparer à la méditation ? Aiguillez tout simplement votre pensée dans la bonne voie. Dès le départ, vous devez en effet tendre à élever votre esprit vers l’universel et l’impersonnel, plutôt que de le laisser s’abimer dans des réflexions égocentriques.
Las de concevoir des idées pratiques et positives, rassasié des sujets précis et déterminés, l’esprit se libère des pensées mesquines avec une facilité surprenante. Prenez l’habitude de vous concentrer quelques instants sur une idée générale ou abstraite, comme l’essence de la beauté, le sens de la vérité, l’analyse du courage, la destinée humaine, l’immortalité, ou l’une quelconque des vérités éternelles de la religion. Ou encore prenez comme point de départ une citation propre à vous inspirer et laissez-la reposer dans votre esprit avec l’idée qui en découle. Il vous viendra peut-être là l’esprit une interprétation nouvelle ; n’a-t-on pas dit que toute citation mystique prêtait à mille et une versions ? Dès que vous aurez lancé votre pensée dans la bonne direction, laissez-vous entraîner par le courant et mener où il voudra. Contentez-vous d’être spectateur.
Quand vous traverserez des moments difficiles, que vous serez en proie à une forte anxiété ou à quelque autre émotion, sachez qu’il n’y a pas de plus sûre méthode pour retrouver la sérénité. Je ne connais d’ailleurs aucune façon de reprendre le contrôle de sa raison et de son jugement avec une telle économie de temps et d’énergie. En tant que moyen de combler nos moments de loisir, la méditation est accessible à chacun de nous, quel que soit son âge et son expérience personnelle. Méditer, c’est déjà vivre en sage.

Dr. Austen Fox Riggs

SerendipityJanuary 31, 2008 10:39 am

Un guide iconoclaste du «vrai Tunis»

«Je ne partirai pas!» Taoufik Ben Brick lance, dans son dernier ouvrage paru récemment à Alger, un énième défi au régime tunisien. Depuis sa grève de la faim en 2000 contre l’arbitraire policier, une main discrète le pousse fermement vers les portes de l’exil. Mais à «ces villes hostiles, à ces pierres tombales» que sont Paris ou Le Caire, il préfère Tunis, son Tunis particulier. Et bien qu’il s’y sente «comme un parrain dans une prison sicilienne», il n’a aucune envie de s’expatrier.

«Je ne partirai pas » n’est pas pour autant un pamphlet. C’est un guide touristique iconoclaste. Tunis s’y écrit par bribes, en de courts chapitres qui sont autant de scènes de la vie quotidienne et de rêves éveillés que suscitent les noms des rues, des restaurants, des tripots et des mets. La vieille ville cesse d’être une carte postale. Elle fleure certes le jasmin mais elle empeste aussi les «intestins de mouton», ce plat traditionnel, exquis et malodorant, qu’on déguste une pince à linge sur les narines en guise de masque à gaz.

Dans le beau Sidi Bou Said, on boit du mauvais Mornag et, dans les vapeurs de l’alcool, on lit des romans décadents et on blasphème. Les nouveaux quartiers pauvres, sur les murs desquels on s’étonnerait de ne pas voir affichées des consignes de sécurité, ont leur vie secrète. Il suffit pour sentir leur poésie déliquescente de les arpenter avec l’audace forcée du journaliste. Leurs légendes, nées du néant de l’anarchie urbaine, n’en semblent pas moins aussi anciennes que les légendes de Carthage.

Taoufik Ben Brick s’attelle ainsi à déceler le leurre dans la vérité et la vérité dans le leurre. Le journaliste en lui s’est fait le guide de l’écrivain. Il le promène, l’œil fureteur dans les dédales de l’opulence ou de la misère. Il donne à ses envolées poétiques, enthousiastes ou désespérées, l’éclat de la réalité nue : celle des magasins de l’avenue Bourguiba, symbole grossier de l’aliénation marchande des classes moyennes, ou des flaques d’eau noire de Hay El Akrad qui, «sans les cris des enfants, serait un parfait goulag».

Et lorsque le journaliste se fait discret, l’écrivain reprend la liberté de son imaginaire. Tunis devient alors un écho littéraire d’autres villes impossibles, Istanbul, Lima ou Kiev, et Taoufik Ben Brick un conteur nourri de la sève de Nazim Hikmet et de Mario Vargas Llosa. Toutes les capitales du monde ont leurs magnifiques mirages. On les aime toutes autant qu’on les méprise.

«Tunis carbure à l’optipessimissme»
Dans la description que fait l’auteur de Tunis, de ses cafés, de ses rues, de ses banlieues cossues ou paumées, se glisse une poignante nostalgie. Non pas celle des temps immémoriaux où l’aristocratie citadine cultivait l’art du raffinement culinaire, mais celle d’un temps plus prosaïque, le temps des zerdas insouciantes, lorsqu’«il fallait plus de cent ans pour épuiser un siècle».

«La dernière fiesta à Tunis fut un enterrement. Le jour qui se leva sur les invités du Palais de Carthage n’éclaira que des visages de cire.» Ce jour-là fut un 7 novembre 1987, lorsque Zine El Abidine Ben Ali a pris le pouvoir et entrepris de «mutiler l’organe le plus précieux des Tunisois, la langue». Depuis, «plus de cris ni de chuchotements, juste des grognements de muets». La dictature a éclipsé la Dolce Vita d’antan. Elle a aussi éclipsé les lettres et les arts. Ils ne sont plus qu’un souvenir d’artistes oubliés, alcooliques, comme Salah Khmissi, dont on ne célèbre plus la mémoire que dans les toilettes d’un bar, par un graffiti anonyme.

Aujourd’hui, malgré le discours laïciste officiel, «les mosquées dévorent les bars». La peur de la police envahit les esprits, car «quand on frappe à votre porte à 6 heures du matin, on sait que ce n’est pas le laitier». Mais il ne faut pas se fier aux apparences, prévient Taoufik Ben Brick: «Il suffirait d’un rien pour que l’aimable paysage de la place de la Monnaie devienne un enclos exaspéré où gronde la foule».

Cet état d’esprit intermédiaire entre le sommeil et la veille, entre la révolte et la résignation est ce que l’auteur appelle l’«optipessimisme». Il est lui-même un optipessimiste. Il vit à El Manar, banlieue aseptisée, où l’on passe ses journées à tondre le gazon et à parler de voitures. Il s’y meurt d’angoisse et d’ennui mais, comme chaque Tunisois, «il garde mille colères disponibles dans son ventre» et elles l’aident à survivre.

Yassin Temlali

Surce:
http://www.babelmed.net/Pais/Méditerranée/Littérature/âje_ne.php?c=2383&m=319&l=fr

SerendipityJanuary 28, 2008 7:52 pm

http://www.mediamat inquebec. com/?Section= Accueil&id=6237

Carnets de voyage

TAÏEB MOALLA

San Francisco (Californie) - Parfois drôles, souvent absurdes et toujours authentiques, voici quelques-unes des citations qui ont émaillé mon voyage.

Un des participants au programme demande à une leader économique du Kansas si son organisme possède des représentations à Beijing ou à Shanghai. «Non,répond-elle d’une voix assurée. Nous avons cependant des bureaux… en Chine.» Défense de rire…
«S’agissant de la guerre en Irak, la principale erreur a été de ne pas envoyer 400 000 soldats de plus dès 2003.» - Jordan S. Lieberman, éditeur du magazine Campagne et élections (Washington D.C.)
«Lors des Jeux olympiques, on n’a pas voulu dépendre des différents paliers de gouvernement, car ils font trop d’erreurs et qu’ils sont trop lents.»
Un des organisateurs des Jeux olympiques d’Atlanta évoquant la quasi-absence des pouvoirs publics lors de cet événement.
«Il n’y a rien de pire que des urbanistes qui pensent protéger la ville d’elle-même» - Même source.
Au même moment où Postes Canada se faisait taper sur les doigts pour avoir «oublié» de faire figurer la Saint-Jean Baptiste dans le calendrier qu’elle remet à ses employés, la société d’État recevait les satisfecit d’un sympathique avocat de Sacramento, en Californie. «J’espère de tout cœur que le Canada déclare la guerre aux États-Unis, qu’il la gagne et qu’il nous impose votre système de santé et de postes», a-t-il souhaité, presque sérieusement.
«Si tu veux avoir un (vrai) ami à Washington D.C., achète-toi un chien» - Le conseil d’un Canadien, résidant depuis plusieurs années dans la capitale fédérale.
Une des responsables américaines du dossier controversé du Partenariat nord-américain pour la sécurité et la prospérité (PSP) passe une partie de ses journées de travail à lire les courriels abondants des opposants à ce Partenariat. Les critiques proviendraient autant de l’extrême gauche que de l’extrême droite. «Comment pouvez-vous vendre notre souveraineté à ces socialistes de Canadiens et à ces corrompus de Mexicains?» demande l’auteur d’une des missives.
«Je ne voterai jamais pour Barack Obama, car il a honte de ses origines musulmanes» - Un Américain d’origine marocaine, vivant à San Antonio depuis 34 ans.

«Sacrée» Amérique!
Que ce soit à Washington D.C., à Atlanta, à San Antonio, à Kansas City ou à San Francisco, un exemplaire de la Bible était toujours disponible dans les chambres d’hôtel où j’ai résidé. À Kansas City, on pouvait en plus trouver une bible pour les mormons (!), alors qu’un ouvrage sur l’enseignement de Bouddha (version anglaise et japonaise) était fourni dans mon hôtel de San Francisco. Ne reculant devant rien lorsqu’il s’agit du droit à l’information des lecteurs de MédiaMatinQuébec, j’ai demandé à la réceptionniste du dernier établissement cité si elle pouvait me fournir un exemplaire du… Coran. Étonnée devant cette demande d’accommodement (pourtant raisonnable, n’est-ce pas?), la gentille dame a fini par me dire au bout de quelques heures que l’hôtel ne pouvait donner suite à ma requête.

La souveraineté du Québec
C’est Pauline Marois qui sera contente de l’apprendre. Les attentats du 11 septembre 2001 n’auraient rien changé à la position américaine quant à la question de la souveraineté du Québec. «Pour nous, ceci est toujours considéré comme une affaire de politique canadienne intérieure», a certifié un haut responsable du département d’État américain, tout en suggérant qu’une éventuelle «séparation» du Québec serait une triste nouvelle. «Mais si le Québec devait devenir indépendant, ça créerait des emplois dans nos consulats sur place», a ajouté un autre responsable, un sourire au coin des lèvres.


Les coûts de ce voyage ont été défrayés par le département d’État américain. Notre journaliste participe à l’International Visitor Leadership Program.

SerendipityJanuary 25, 2008 10:26 am

http://www.mediamat inquebec. com/?Section= Accueil&id= 6186

Le vendredi 25 janvier 2008

Un dîner chez des républicains

TAÏEB MOALLA

Kansas City, Missouri - Passer une soirée avec un
couple de sexagénaires républicains du Missouri, au
cœur de l’Amérique, est une expérience tellement
intense que je m’en voudrais de ne pas vous en parler.

Les organisateurs m’avaient prévenu. Les règles
élémentaires de la bienséance commandent de ne jamais
évoquer, devant nos hôtes, les deux sujets tabous par
excellence que sont la religion et la politique.

N’écoutant que mon courage, doublé bien entendu d’une
dose d’impolitesse, je lance les hostilités avant même
que l’on serve l’entrée. Je glisse, l’air de rien,
qu’un récent sondage réalisé auprès d’un échantillon
de la population canadienne donnait une victoire
éclatante à n’importe lequel des candidats démocrates
aux élections présidentielles américaines de novembre.
«En plus, l’image guerrière des États-Unis dans le
reste du monde ne ferait que se renforcer si c’est un
républicain qui devait prendre les commandes de
l’État», ajoutais-je, non sans une certaine malice.

Visiblement furieux devant tant d’impertinence, le
mari réplique. «Ce que vous dites est faux,
corrige-t-il. S’il est choisi, John McCain sait trop
bien ce qu’est la guerre (c’est un vétéran du Vietnam)
pour prendre les choses à la légère. C’est pour cela
que les attaques armées seront toujours la dernière
option. Mais il ne faut cependant jamais les exclure.»

Et l’Irak?

Fort bien. Mais que pensez-vous alors de la «terrible
erreur» qu’a été la guerre en Irak, pays où on n’a
jamais pu mettre la main sur les fameuses armes de
destruction massive dont la soi-disant existence a
permis à l’administration Bush de vendre ses attaques
armées à la population américaine?

Ma question, tendancieuse à souhait, touche sa cible.
Les visages de ceux qui nous invitent virent
rapidement au rouge. Mon accompagnateur québécois me
jette un regard furibond en se disant que je viens
tout juste de gâcher le souper.

«Tout le monde, y compris l’ONU, croyait à l’époque
que ces armes existaient. Puis, n’oubliez pas que le
monde a changé depuis le 11 septembre», rétorque la
maîtresse de maison. D’après elle, il serait désormais
«inapproprié» de se retirer de l’Irak puisque «nous
nous sommes engagés à aider ce pays».

Devant tant d’incohérences et de demi-vérités, je
renonce à mon droit de réponse. Nous dégustons, dans
un silence gêné, l’excellent dessert préparé par la
femme. Nous parlons du mauvais temps, du 400e de
Québec et du fait insignifiant que Pamela Anderson est
une citoyenne canadienne. Nous prenons finalement
congé de nos hôtes en nous promettant hypocritement
que nous allons nous revoir.

—-

Les coûts de ce voyage ont été défrayés par le
département d’État américain. Notre journaliste
participe à l’International Visitor Leadership Program.

SerendipityJanuary 24, 2008 11:24 am

http://www.mediamat inquebec. com/?Section= Accueil&id= 6153

Le jeudi 24 janvier 2008

Rencontre avec un «Américain moyen»

Kansas City (Missouri) - J’ai rencontré Dutch sur un
vol entre Atlanta et Dallas. Il a 50 ans, une femme,
deux enfants, un bon travail dans une compagnie
d’assurances et une grosse maison. Bref, mon nouvel
ami incarne à merveille le fantasme de tout
journaliste s’intéressant à la politique américaine.

J’ai unilatéralement décidé que Dutch était
«l’Américain moyen» par excellence.

Ces derniers temps, Dutch est fort courtisé. Il fait
partie des 40 % d’électeurs dits indépendants. «Je
vote toujours pour le candidat et jamais pour le
parti», signale-t-il. Dans les années 1980, il a ainsi
opté pour les républicains Reagan et Bush père. Cela
ne l’empêchera pas de donner sa voix, cette fois, au
«vent de fraîcheur» que représente, à ses yeux, Barack
Obama. Bref, s’il avait été Québécois, Dutch aurait
sûrement opté pour l’option, évidemment inexistante,
du «ouais, peut-être» à une question référendaire sur
la souveraineté.

Pour choisir son camp, le critère principal de Dutch
est «l’intégrité du candidat ou l’idée que je me fais
de cette qualité». C’est ce qui explique sa profonde
déception devant les agissements lubriques de Bill
Clinton. «Mais en quoi la vie sexuelle d’un président,
fusse-t-elle trépidante, regarde-t-elle les
électeurs?», demande le journaliste. «Le problème
n’est pas le fait qu’il ait trompé sa femme. C’est le
fait qu’il l’a fait à la Maison-Blanche et, surtout,
qu’il a menti sous serment», s’indigne encore Dutch.

Les États-Unis, une monarchie?

S’il concède que «l’expérimentée Hillary serait plus
prête qu’Obama à diriger le pays dès le premier jour
d’un mandat présidentiel», Dutch reproche à l’ancienne
première dame son côté «calculateur et manipulateur» .

«En plus, ce pays est gouverné, depuis 20 ans, soit
par un Bush ou par un Clinton. Ce n’est pas très sain.
On dirait une monarchie», fait-il remarquer.

Dans son coin de pays, Dutch ne parle pas trop de
politique. La plupart de ses voisins sont des «Die
Hard républicains, dit-il en riant. Si on discute
d’élections, ça devient vite trop chaud, alors on
évite le sujet». Mieux vaut alors se concentrer sur
des questions plus consensuelles tels le jardinage ou
encore les défaites à répétition de l’équipe locale de
baseball.

Ductch sait bien que le système électoral américain
(dans chaque État, le candidat récolte la totalité des
voix des grands électeurs dès qu’il obtient 50 % + 1
des voix) fait que son vote du 4 novembre, au Texas,
pèsera autant que celui d’un péquiste dans
Westmount-Saint- Louis. Il ira quand même voter. «Ne
serait-ce que pour ne pas faire baisser le taux de
participation, explique-t-il. Je suis d’ailleurs
content de constater que ce taux risque d’être assez
élevé cette année.»

Au Texas, les primaires n’auront lieu que le 4 mars. À
moins d’une surprise, le nom des candidats des deux
principaux partis sera déjà connu ce jour-là. «Et
alors? J’exercerai quand même mon droit», dit Dutch.

—-

Les coûts de ce voyage ont été défrayés par le
département d’État américain. Notre journaliste
participe à l’International Visitor Leadership Program.

SerendipityJanuary 22, 2008 10:27 am

Le mardi 22 janvier 2008

C’est quoi un lock-out?

San Antonio (Texas) — À San Antonio, on a parlé de sécurité routière, de blogues, de NBA, de la perception des Mexicains, d’investissements en Irak et même du lock-out au Journal de Québec. Bienvenue à bord!

Cours de lock-out 101

Contrairement à ce qu’on pourrait croire, les Américains ne comprennent pas le sens du terme lock-out. Pour expliquer ma situation professionnelle aux personnes que je rencontre, j’ai donc dû inventer une formule passe-partout. «C’est une sorte de grève, mais ce sont les patrons qui la font», dis-je, bien conscient d’avoir capté l’attention de mes interlocuteurs, avides d’en apprendre davantage sur cette drôle de «grève».

Limites de vitesse

Sur l’autoroute 35, reliant San Antonio à Laredo (frontière mexicaine), la vitesse maximale permise varie selon l’heure et le type de véhicule. Pour les camions, la limite est toujours fixée à 60 milles (96 km/h). S’agissant des automobiles, le maximum est de 70 milles (112 km/h) durant le jour et de 65 milles (104 km/h), la nuit. Mon collègue Cédric Bélanger, véritable ayatollah de la sécurité routière, sera content de l’apprendre.

Hola!

La ville frontalière de Laredo est le principal point d’entrée terrestre pour les personnes et les marchandises, entre les États-Unis et le Mexique. Il n’est pas rare de croiser à longueur de journée des camions faisant la file sur de longs kilomètres du côté mexicain de la frontière. Selon un douanier américain rencontré sur place, «des raisons culturelles» expliqueraient en partie cet embouteillage monstre quasi permanent. «Les douanes mexicaines n’ouvrent jamais avant 11 h, se désole-t-il. Pourtant, ce serait tellement plus simple si elles commençaient à travailler, comme nous, dès 8 h.» Interrogé sur le mur (en cours de construction à la frontière entre les deux pays), censé prévenir l’immigration illégale, un décideur économique de San Antonio a soutenu qu’un immigrant illégal, qui a eu assez de courage pour traverser le désert à pied pendant neuf heures, a de bonnes chances de devenir un travailleur acharné et qu’il a, du coup, largement mérité sa place au sein de la société américaine.

La «plogue» du jour

Jay Whetter, éditeur d’un journal agricole ontarien, participe au même programme que moi. Sur le blogue anglophone qu’il vient tout juste de lancer (bloggn.grainews.ca), Jay fait remarquer que «les Américains réalisent un travail incroyable pour faire connaître leurs ex-présidents». Le nombre de monuments, de musées et autres centres consacrés aux chefs d’État américains est en effet impressionnant. «Je me demande bien comment la présidence de George W. Bush sera perçue dans 60 ans», se questionne le blogueur. Excellente interrogation, Jay.

«Defense», disent-ils!

Jeudi dernier, j’ai pu assister à un match de basket-ball opposant les Spurs de San Antonio aux Cavaliers de Cleveland (NBA). Lorsque les joueurs de l’équipe adverse étaient en possession du ballon, le public local était invité à crier «Defense» tous azimuts. Pour mieux motiver les spectateurs, les images sur les écrans géants montraient des chars américains tirant un feu nourri contre un ennemi invisible. Message subliminal pour ceux qui n’auraient pas saisi: la nation ne fait que se défendre. Passez, il n’y a plus rien à voir…

Il est temps d’investir… en Irak!

«L’Irak, ça fonctionne». C’est le titre un brin racoleur d’une publicité publiée dans le populaire USA Today de jeudi dernier par une compagnie de Houston qui souhaite que les investisseurs achètent massivement des dinars irakiens, monnaie qui connaîtrait un véritable boom dans les prochains mois.

La réclame ne parle évidemment ni de l’occupation militaire ni du terrorisme et encore moins des violences sectaires qui constituent le lot quotidien des habitants du pays du Tigre et de l’Euphrate.

Hasard ou pas, la manchette du même journal était consacrée, dès le lendemain, à «la sécurité (revenue) dans 75 % du territoire irakien» (ah bon?). Sans verser dans de fumeuses théories paranoïaques, la concomitance de la réclame et de l’information a de quoi intriguer.


Les coûts de ce voyage ont été défrayés par le département d’État américain. Notre journaliste participe à l’International Visitor Leadership Program.

Source:
http://www.mediamatinquebec.com/?Section=Accueil&id=6073

SerendipityJanuary 20, 2008 1:22 am

http://www.mediamatinquebec.com/?Section=Accueil&id=5932

Le jeudi 17 janvier 2008

Ces questions qui tuent !

TAÏEB MOALLA

Atlanta (Géorgie) - «Comment ces gentils citoyens
américains que j’ai longtemps fréquentés peuvent-ils
élire, sans états d’âme, des politiciens qui
déclenchent des guerres injustes au cours desquelles
des milliers de personnes sont tuées? Pourquoi ceux
qui ont défendu à travers l’histoire les principes de
justice et de liberté acceptent-ils la politique
étrangère agressive que mène leur pays en leur nom?»

C’est Alaa Al-Aswany, auteur égyptien à succès et fin
connaisseur de la société américaine - son dernier
roman s’intitule Chicago -, qui s’est posé ces
questions au cours d’une récente conférence à
l’Université américaine du Caire. Autant le
reconnaître d’emblée, ces mêmes interrogations me
taraudaient l’esprit avant même de visiter les
États-Unis. Je n’y ai évidemment pas trouvé de
réponses définitives, mais seulement les pistes de
réflexion que voici.

L’économie avant l’Irak

«Le principal problème est que la politique extérieure
n’a presque jamais été un enjeu électoral aux
États-Unis, signale un haut fonctionnaire américain à
la retraite. Du coup, mes concitoyens ne se rendent
pas vraiment compte de ce qui se passe dans le monde.»
Il n’est donc pas étonnant de constater que les
questions économiques ont largement supplanté la
guerre en Irak dans les sondages d’opinion destinés à
connaître les thèmes permettant aux électeurs de
trancher entre les candidats à l’occasion des
actuelles élections primaires. Avec les attentats du
11 septembre 2001, les choses ont naturellement
empiré. «Les gens ont le sentiment que le pays ne fait
que se défendre dans une guerre globale contre le
terrorisme. Difficile dans ce contexte passionné de
faire les nuances qui s’imposent», assure la même
source.

Les médias montrés du doigt

Le rôle des médias américains dominants revient
régulièrement dans les discussions lorsqu’il s’agit
d’expliquer l’apathie du public. «En matière
d’information, c’est presque le désert. Encore plus à
la télévision que dans la presse écrite, soutient un
journaliste indépendant résidant au pays depuis une
dizaine d’années. Les vrais enjeux internationaux ne
sont presque pas traités. Et quand ils le sont, c’est
souvent avec le prisme déformant d’une guerre opposant
les forces du bien à al-Qaïda et à ses suppôts.»

Selon lui, les dizaines d’analyses et de reportages
consacrés aux larmes réprimées par Hillary Clinton et
leur rôle présumé dans son come back politique
constituent la parfaite illustration d’un choix
médiatique douteux: celui de raconter une «jolie
histoire» plutôt que de s’intéresser aux programmes
électoraux des uns et des autres.


Les coûts de ce voyage ont été défrayés par le
département d’État américain. Notre journaliste
participe à l’International Visitor Leadership
Program.

SerendipityJanuary 18, 2008 12:20 pm

La mise en bière des Trabelsi

Un milliardaire tunisien, Hamadi Bousbii, coulait des jours heureux à la tête de la SFBT, la société de distribution de la bière et du coca au pays du jasmin. Au point d’envisager le rachat des licences de la société Heineken en Tunisie. Tout allait pour le mieux pour son prospère commerce. Jusqu’au jour, récent, où le neveu préféré de Leila Ben Ali, le plus très jeune Imad, s’est pris le chou avec le distributeur de boisson.

Le chouchou de la présidente gère un commerce fort lucratif de vente d’alcools dans un grand hangar proche de Tunis ouvert 24h/24. Hélas, le jeune Trabelsi devait une grosse facture d’impayés à Hamadi Bousbii : près de 2,8 millions de dinard tout de même.

Le jour où le directeur financier de Bousbii s’enquiert du paiement de la douloureuse, le neveu de la présidente lui raccroche au nez. Comme chez les Trabelsi, on a l’esprit de famille, quelque temps après, Leila en personne décroche son téléphone. «Monsieur Bousbii, tu as fait fortune grâce à nous et tu oses t’en prendre à un membre de la famille », lui hurle la Présidente. « Mais non, c’est mon directeur financier qui a mal compris », répond le Bousbii. « Ne fais pas le faux jeton », lui rétorque Leila, hors d’elle.

Trois jours après ce charmant échange, les représentants de la société Heineken débarquent à la SFBT. Plus question de conclure le moindre accord, le contrat est rompu. Quelques jours plus tard, on apprend qu’une nièce de Leila, qui s’est mariée avec un descendant du clan Boujbel, fort bien implanté au Cap Bon, a pu négocier avec Heineken. Résultat : les Allemands prennent 49 % de la nouvelle société, les Trabelsi le reste.

Ainsi vont les affaires dans une Tunisie où Jacques Chirac avait cru déceler un véritable « miracle économique »…

Du Jasmin pour les arbitres internationaux

Le régime de Ben Ali organise, dans les mois qui viennent, un vaste congrès mondial de l’arbitrage. Histoire de se concilier les bonnes grâces de ces nouveaux faiseurs de paix de la mondialisation heureuse. Avec, à la clé, des décisions d’arbitrage entre des intérêts financiers colossaux qui valent de l’or. Pas de chance, les amis du général-président Ben Ali viennent pourtant de perdre un arbitrage décisif. L’ancien ministre et proche du pouvoir, Houidi, avait été nommé à la tête du groupe Tunisiana, une boîte de téléphonie financée par les Egyptiens d’Orascom et les gens du Golfe. Or la brouille, l’été dernier, entre Leila Trabelsi et Souha Arafat, la veuve du feu leader de l’OLP, a créé quelques ennemis à Ben Ali dans le monde arabe. Les principaux actionnaires de Tunisiana ont exigé la démission du Houidi en question. Et ces mauvais coucheurs viennent de remporter l’arbitrage international demandé par la Tunisie. Les Tunisiens doivent même rembourser les trente derniers mois de salaires de l’ex-pédégé. Un cas d’école pour le congrès de l’été prochain ?

Source:
http://www.bakchich.info/article2263.html